La SNCF condamnée pour discrimination et harcèlement

La société de chemins de fer a été sanctionnée par le conseil de prud'hommes après qu'un agent a été bloqué dans sa carrière par ses supérieurs en raison de son origine. La société a fait appel.

La SNCF a été condamnée à verser 18 000 euros à son employé pour discrimination.
La SNCF a été condamnée à verser 18 000 euros à son employé pour discrimination. (SÉBASTIEN RABANY / PHOTONONSTOP)

"Avec la SNCF, vous avez toujours la tête de l'emploi." C'est l'un des slogans de la SNCF pour sa campagne de recrutement baptisée Egalité et compétences. Pour Nourdine Lekhnati, salarié depuis treize ans à la SNCF, cela a surtout signifié : la tête de l'emploi du bas de l'échelle, sans possibilité d'évoluer. Le conseil des prud'hommes et le défenseur des droits lui ont donné raison, reconnaissant qu'il avait été bloqué dans sa carrière. La SNCF, qui a été condamnée pour discrimination et harcèlement, a fait appel.

"Lorsque je suis arrivée à Meaux [Seine-et-Marne] en 2000, j'étais le premier et le seul employé d'origine étrangère. J'ai très vite été injurié sur mes origines, on me remettait des fax insultants." Les vexations sont quotidiennes : "On refusait de me former, de m'ouvrir les portes de la gare..." Il essaie de signaler la situation mais, selon lui, rien n'est fait pour corriger des dysfonctionnements graves. Pire, les auteurs des insultes continuent à être promus.

1371 euros mensuels avec treize années d'ancienneté

"Après quelques années, j'aurais voulu passer l'examen pour devenir responsable commercial, mais ils ne m'ont jamais laissé accéder au grade nécessaire – même si j'y avais droit – et laissaient des gens avec moins d'ancienneté obtenir les postes", témoigne Nourdine Lekhnati. Ses plaintes restent sans réponse, on met en cause la qualité de son travail. En 2007, il porte plainte et saisit le conseil des prud'hommes. Un représentant CGT prend son dossier en main et parvient à négocier : "10 000 euros et tu pars", raconte-t-il. Nourdine refuse. "Mon père avait souffert de racisme et de discrimination lorsqu'il est arrivé en France. Il ne savait ni lire, ni écrire et n'a jamais pu se défendre. Je refuse de partir et de laisser faire." 

Entretemps, Nourdine Lekhnati, devenu dépressif, enchaîne les arrêts maladie. En 2011, le défenseur des droits reconnaît la discrimination dans un rapport cité par Le Parisien. Muté gare de l'Est, à Paris, on lui fait miroiter une promotion qui ne viendra jamais. Il replonge.

Aujourd'hui, il attend la suite des procédures qu'il a intentées au civil et au pénal. Six ans après la saisine des prud'hommes, la SNCF a été condamnée en février à annuler ses sanctions pour absentéisme (justifiées par ses arrêts maladie) et à lui verser 18 000 euros d'indemnités pour discrimination et harcèlement. Mais pour ce qui est de sa progression professionnelle, l'employé devra encore patienter. "Je suis au placard maintenant. Ils me laissent peinard mais continuent à bloquer mes demandes de changement de poste." Avec treize ans d'ancienneté, il est toujours agent d'accueil et touche 1 371 euros par mois.

"Les syndicats ne s'y intéressent pas"

La SNCF a publié, depuis l'affaire, un communiqué sur les efforts de l'entreprise en matière de diversité. Une procédure simplifiée a été mise en place pour faciliter la procédure de plainte auprès du Pôle diversité de l'entreprise. "Il y a une condamnation ferme sur les faits discriminatoires, affirme la SNCF. Des sanctions sont prises, pouvant aller jusqu'au licenciement." La société refuse en revanche de commenter une affaire portée en appel.

"Dans une société de la taille de la SNCF, personne ne peut dire qu'il n'y a pas de discrimination. Mais pas davantage qu'ailleurs", assure Roger Dillenseger, le secrétaire général du syndicat Unsa Cheminots. Contactés par francetv info, les syndicats rechignent à répondre ou s'avouent peu compétents sur le sujet.

Pour Rdwan, un agent de maintenance dans les télécommunication à la SNCF, les syndicats ne s'intéressent pas aux questions de discrimination. Depuis quelques années, il rassemble les cas et a monté un petit collectif, nommé SNCF, droit à la différence, dont il expose les revendications sur ce blog"Les gens nous rapportent des faits de discrimination, mais c'est une entreprise où ils comptent travailler toute leur vie et, la plupart du temps, ils ont peur d'assumer les conséquences d'une plainte et préfèrent rester anonyme", regrette-t-il.

"Le problème c'est que les agents qui sont à l'origine de propos racistes, de provocations, voire de harcèlement ne sont pas sanctionnés", explique-t-il. Il site le cas d'un policier ferroviaire dont le supérieur, condamné au pénal pour l'avoir harcelé, a été promu dans l'entreprise.