Interpellations d'islamistes présumés : un "coup de filet" transformé en "coup de pub", selon la presse

Selon les éditorialistes, l'opération policière se transforme en opération de communication à trois semaines de l'élection présidentielle.

Coup de filet dans le milieu islamiste radical à Couëron (Loire-Atlantique), le 30 mars 2012.
Coup de filet dans le milieu islamiste radical à Couëron (Loire-Atlantique), le 30 mars 2012. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

Une opération qui tombe bien. Sans forcément remettre en cause le bien-fondé des interpellations vendredi dans le milieu de l'islam radical, la presse n'est pas dupe, samedi 31 mars, au sujet de ce "coup de filet" réalisé une semaine après la mort de Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban, et à trois semaines du premier tour de la présidentielle.

"Coup de filet ou coup de pub ? Après l'opération de police menée, hier à l'aube, dans les milieux islamistes, on aimerait ne pas avoir à se poser la question, confie Jacques Camus dans La République du Centre. Seulement voilà, il ne faudrait pas non plus abuser de la crédulité publique en en faisant trop, dans un excès de communication."

"La ficelle est un peu épaisse"

"On voit des prédicateurs soudain surgir des mosquées, se faire interpeller, et le candidat-président se reprendre à espérer", constate de son côté Didier Louis dans Le Courrier picard, pour qui "la ficelle est un peu épaisse".

Pour Pascal Jalabert, du Progrès, "que ce soit à un mois ou à quatre ans d'une élection, si elle est étayée par des preuves, la neutralisation de gens dangereux est une opération de police nécessaire", mais "cela devient aussi (fortuitement ?) une opération de communication à un moment et dans un 'contexte' précis", ajoute l'éditorialiste lyonnais, qui refuse toute "tartufferie".

Dans le Journal de la Haute-Marne, Patrice Chabanet estime pour sa part que "les opérations largement médiatisées sont d'abord menées pour rassurer" et "ont donc une fonction politique".

"Esprits persifleurs"

Matthieu Verrier va plus loin dans La Voix du Nord en décryptant précisément l'avantage très politique tiré par le président candidat UMP de cette opération. "Quand les autres candidats ne disposent que de promesses et de mots, Nicolas Sarkozy offre annonces et images", selon le bon vieux principe qu'"il ne faut pas commenter l'événement, mais le créer".

Seule voix dissonante, samedi matin, celle d'Yves Thréard dans Le Figaro. "L'interpellation de plusieurs islamistes présumés, après l'interdiction de séjour signifiée cette semaine à des imams intégristes du Proche-Orient, arriverait donc à point nommé. Manipulation, instrumentalisation, stigmatisation de l'islam : on connaît le refrain" des "esprits persifleurs", dénonce l'éditorialiste du quotidien pro-gouvernemental.