Cet article date de plus de neuf ans.

Gilles Le Guen, un djihadiste breton au parcours atypique

PORTRAIT | L'arrestation de Gilles Le Guen, qui se présente comme un djihadiste français, a été annoncée mardi par la France. Ce Breton d'une cinquantaine d'années se serait radicalisé avec l'arrivée de groupes islamistes dans la zone où il résidait au Mali, mais son profil de combattant actif est loin d'être acté. Son parcours comporte plusieurs trous inexpliqués.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
  (Autre)

Un homme d'une cinquantaine d'années vêtu d'une djellaba beige, le visage émacié, barbe et fine moustache, coiffé d'un turban noir. À ses côtés, une kalachnikov posée contre un mur sur lequel apparaît le sigle d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Voilà comment Gilles Le Guen, ou plutôt Abdel Jelil comme il se fait appeler, se présente au monde, en octobre dernier. Dans cette vidéo postée sur Internet, il met en garde la France contre toute intervention militaire au Mali, alors que la mainmise des groupes islamistes dans le nord du pays inquiète la communauté internationale.

De fait, les services secrets français avaient depuis quelques semaines repéré ce compatriote fondu dans les rangs d'AQMI, dans les environs de Tombouctou. Il a été arrêté dans la nuit de dimanche à lundi à Tombouctou par l'armée française.

Un grand baroudeur

Gilles Le Guen serait né en 1955, à Nantes (Loire-Atlantique). Après avoir obtenu le diplôme nécessaire, il s'engage dans la marine marchande, et commence ses années de voyage au début des années 80. Il parcourt les mers du monde, avant de jeter l'ancre dans différents pays du continent africain ; Maroc, Mauritanie puis Mali, depuis quelques années, avec sa seconde épouse, une Marocaine, et leurs cinq jeunes enfants.

Installé à Tombouctou, ou ses environs, Gilles Le Guen n'affiche pas le profil type du jeune homme venu suivre un entraînement au djihad loin de chez lui. Il se serait radicalisé au contact des différents groupuscules de la zone, AQMI et Ansar Dine en tête. Marc Trévidic, juge antiterroriste, le qualifie d'"atypique ".

Un profil qui colle avec les informations recueillies par Boris Thiolay. ce journaliste de L'Express l'a interviewé en janvier dernier, par téléphone. Le portrait qu'il en brosse aujourd'hui est celui d'un homme avec un côté "altermondialiste ", vivant dans une ferme et élevant quelques chèvres, et qui aurait fait passer sa famille avant tout en cas d'intervention militaire française au Mali.

Un combattant ?

Radicalisé, apparemment convaincu, auteur d'une rhétorique anti-occidentale violente dans la vidéo postée sur Internet, Gilles Le Guen intrigue cependant ceux qui l'ont croisé. Boris Thiolay affirme qu'il a simplement suivi une formation militaire de base, pour survivre dans le désert notamment, mais qu'il n'est pas "un djihadiste professionnel ".

Selon des témoins, il aurait même été fait prisonnier par AQMI en novembre dernier. Les islamistes le soupçonnaient apparemment d'être un espion ; il est vrai qu'un profil de cinquantenaire breton, à l'accent prononcé, converti à l'islam radical, n'est pas très fréquent. Selon un journaliste de Tombouctou, il aurait plutôt été sanctionné par AQMI car il n'acceptait pas le traitement réservé aux femmes. Il aurait donc eu du mal à se faire accepter.

Gilles Le Guen devrait être extradé vers la France dans les prochaines heures. Son interrogatoire pourrait apporter quelques réponses sur son parcours. Des réponses qui pourraient aussi éclairer les enquêteurs sur ce phénomène de radicalisation peu banal.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Justice

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.