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Écoutes Sarkozy : qui savait quoi et quand ?

A quelle date l'exécutif a-t-il appris l'existence et le contenu des écoutes visant Nicolas Sarkozy et son avocat Me Thierry Herzog ? La question agite depuis plusieurs jours. En première ligne la garde des Sceaux Christiane Taubira. Sur TF1, lundi soir, elle a affirmé qu'elle avait appris l'affaire en lisant Le Monde vendredi dernier. Le procureur général de Paris, François Falletti, a affirmé mercredi matin avoir informé la Chancellerie dès le 26 février...
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
  (Vincent Isore Maxppp)

La polémique ne cesse d'enfler autour des écoutes judiciaires de Nicolas Sarkozy. Le Canard enchaîné affirme dans son édition de mercredi que la ministre de la Justice Christiane Taubira était au courant du contenu des écoutes depuis le 26 février. La garde des Sceaux affirme quant à elle avoir appris l'existence de ces écoutes dans la presse, vendredi dernier. 

Selon Le Canard enchaîné , le parquet général a
transmis le 26 février une synthèse des écoutes à la ministre de la
Justice. Une information confirmée mercredi matin par le procureur général de Paris.

La Chancellerie savait pour les écoutes depuis le 26 février

François Falletti a en effet confirmé mercredi sur Europe 1 avoir informé
la Chancellerie le 26 février. "Le 26
février 2014, il
y a eu un rapport d'information qui est remonté auprès de la direction des
affaires criminelles et des grâces, comme c'est la règle concernant
" ce
type de dossier, a-t-il expliqué. Le haut magistrat a ajouté avoir pour sa part
été personnellement informé des écoutes de Nicolas Sarkozy et de son avocat
Thierry Herzog "le 21 février ".

... Le Premier
ministre ignorait leur contenu

Jean-Marc
Ayrault a indiqué mardi soir sur France 2 avoir été averti des écoutes le jour
de l'ouverture d'une information judiciaire, c'est-à-dire le 26 février effectivement.
Il assure cependant ne  pas avoir eu
connaissance du "contenu " de ces écoutes. Le Premier ministre indique
par ailleurs que la garde des Sceaux avait, elle aussi, été mise au courant...

Désaveu pour Christiane Taubira ? 

Pour autant, il n'y a pas de totale contradiction entre la garde
de Sceaux et le Premier ministre. Jean-Marc Ayrault ne contredit pas Christiane
Taubira, il se montre beaucoup plus précis, plus clair, plus transparent. Lundi
soir, Christiane Taubira affirmait en effet qu'elle ignorait que Nicolas Sarkozy
était sur écoutes et qu'elle n'avait pas connaissance du contenu de la
procédure. C'est possible. Les juges d'instruction qui enquêtent sur un
possible financement de la campagne de l'UMP en 2007 par la Libye du colonel
Kadhafi décident de placer Nicolas Sarkozy en avril dernier, l'information ne
serait pas remontée à la Chancellerie, ce qui est tout à fait plausible. Car les
juges d'instruction, juges indépendants, n'ont pas à tenir informé la Chancellerie
du contenu de leurs enquêtes.

Seconde affirmation de la garde des Sceaux,
elle aurait été informée de ces écoutes par le journal Le Monde, la semaine
dernière. Là, ça parait impossible. Christiane Taubira est en effet informée depuis
le 26 février au moins, date à laquelle le parquet a ouvert une information
judiciaire pour trafic d'influence sur la base du signalement des juges qui
enquêtent sur le financement de l'UMP. L'information est remontée jusqu'à la Chancellerie, le procureur général de Paris l'a confirmé ce matin. Mais, dans ce rapport, ne figurait
pas le contenu précis des écoutes.

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Le ministre de
l'Intérieur informé par la presse...

Ce qui est sûr, c'est que les juges d'instruction
qui ont mis Nicolas Sarkozy sur écoutes ont redoublé de prudence pour qu'il n'y
ait pas de fuites. Les écoutes, par exemple, n'ont pas été cotées. C'est-à-dire
qu'elles n'ont pas été versées au dossier d'instruction pour éviter que des
avocats, partie civile, puissent avoir accès à cette information hautement
sensible. Mais il est aussi difficile d'imaginer que le secret ait été gardé si
longtemps sans que l'exécutif n'ait eu vent de l'information. Des dizaines
de policiers, de gendarmes savaient que Nicolas Sarkozy était sur écoutes depuis
le mois de février. Tous les regards se tournent donc vers Manuel Valls.

Selon
le Canard enchaîné , le ministre de l'Intérieur aurait du être au courant du dossier avant
même Christiane Taubira, les  officiers
de police judiciaire devant "lui faire parvenir régulièrement leur rapport
sur l'avancement de l'enquête". Mais ce dernier a affirmé mercredi
sur RTL qu'il n'avait appris l'existence de ces écoutes que le 7 mars, "à
l'occasion des révélations du Monde
". Manuel Valls qui assure donc ne pas
avoir été informé par ses collègues du gouvernement. "Chacun reste dans
son rôle
", a-t-il commenté.

Cette affirmation a été appuyée un peu plus tard dans la matinée par Christian Lothion, le patron de la Direction centrale de la
police judiciaire (DCPJ)  jusqu'en janvier, qui a assuré à l'AFP qu'il
avait "bien été informé du placement sur écoute de Nicolas Sarkozy " mais n'en
"avait pas informé le ministre de l'Intérieur Manuel
Valls
".

Le Président aurait été mis au courant le 4 mars

Le ministre de
l'Intérieur confirmerait par ailleurs une information du Parisien selon
laquelle François Hollande n'aurait pas su tout de suite. Le président de la République
aurait été mis au courant le 4 mars, c'est-à-dire le jour des perquisitions visant
l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, 
et le magistrat Gilbert Azibert. "Je crois que cette information
est juste
", a déclaré Manuel Valls sur RTL ce matin.

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