Christiane Taubira pointe les centres éducatifs fermés et les courtes peines

Dans une interview donnée à "Libération" mardi, la ministre de la Justice revient sur la fermeture des centres éducatifs pour mineurs, la fin des courtes peines et l'affaire Courroye .

La ministre de la Justice a remis en cause, le 7 août 2012, la multiplication des centres éducatifs fermés, alternative à l\'incarcération des mineurs. 
La ministre de la Justice a remis en cause, le 7 août 2012, la multiplication des centres éducatifs fermés, alternative à l'incarcération des mineurs.  (FREDERIC GIROU / MAXPPP)

JUSTICE - Dans un entretien publié mardi 7 août dans Libération (article en accès abonné), la garde des Sceaux met le doigt sur les dossiers qui fâchent. Christiane Taubira s'est déclarée "réservée" sur les centres éducatifs fermés que François Hollande a pourtant promis de doubler durant la campagne présidentielle. Elle a aussi annoncé son intention de mettre un terme aux courtes peines et a réagi à la mutation du procureur Philippe Courroye. FTVi revient sur cette interview qui a hérissé l'opposition. 

Moins de centres éducatifs fermés que prévu

Les centres éducatifs fermés (CEF) pour mineurs ? "Il faut sortir du fantasme", estime la ministre de la Justice. "Aujourd'hui, on place en CEF des jeunes car, parfois, il n'y a pas d'autres offres de placement. On ne va quand même pas en construire d'autres pour légitimer ce contresens", ajoute-t-elle, en se disant "sensible au milieu ouvert pour une réalité simple : 80% de non-récidive." Christiane Taubira annonce aussi avoir "lancé une inspection devant évaluer ces centres" avant de prévoir la transformation de dizaines de foyers en CEF. 

Créés en 2002, les CEF sont la dernière alternative avant l'incarcération de mineurs délinquants. Outre leur multiplication, François Hollande avait expliqué aux professionnels de la justice des mineurs, troublés par cette proposition, qu'il savait aussi "l'importance des autres structures d'accueil".

Du côté de l'opposition, l'ex-ministre UMP Brice Hortefeux a estimé que la ministre, "en stoppant net la création des 18 centres éducatifs fermés prévue par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, privilégie ainsi la permissivité à l'endroit des mineurs délinquants". Un avis partagé par le député et ex-ministre Yves Jégo, vice-président du Parti radical, qui appelle François Hollande à "tenir ses promesses de campagne".

La fin des courtes peines ?

La garde des Sceaux a affirmer son intention d'en finir avec les courtes peines : "La prison, sur les courtes peines, génère de la récidive, c'est presque mécanique. Il faut arrêter ! Ça désocialise, ça coûte cher et ça fait de nouvelles victimes," a-t-elle ajouté.

En réaction, le Front national a accusé Taubira de mener une politique caractérisée par une "fascination envers le délinquant et le criminel". Sa pensée "se résume à une grande tolérance envers la délinquance, habituelle à tout militant de gauche", accuse Wallerand de Saint-Just, membre du bureau exécutif du FN, dans un communiqué intitulé "Les vieilles lunes de Mme Taubira".

Sévère sur la mutation de Courroye

Questionnée au sujet de la mutation du procureur Courroye, la ministre de la Justice ne mâche pas ses mots : "Cela fait combien de temps que ça dure, le cirque ? [...] Il est sous les feux de l'actualité depuis un temps considérable, et cela finit par perturber son activité judiciaire," a-t-elle déclaré à Libération. 

La mutation de Philippe Courroye, nommé contre son gré avocat général à Paris, était selon elle "urgente" pour "rétablir la sérénité" au parquet de Nanterre.