Christiane Taubira fait de la lutte contre la récidive la priorité de sa réforme pénale

INVITEE EXCLUSIVE | La garde des Sceaux était l'invitée de France Info, vendredi midi, pour réagir à l'arbitrage rendu par François Hollande et Jean-Marc Ayrault au sujet de sa réforme pénale. Elle a déclaré faire de la récidive sa priorité, expliquant que l'arsenal répressif resterait le même. La "contrainte pénale" ou peine de probation, est maintenue, dans un projet de loi qui semble plus sécuritaire que prévu. 

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Christiane Taubira, la garde des Sceaux, était l'invitée de France Info vendredi midi pour détailler certains points de sa réforme pénale. Après "l'arbitrage" rendu par François Hollande et Jean-Marc Ayrault vendredi matin, censé régler le conflit entre Manuel Valls et Christiane Taubira sur la question, la ministre de la Justice a présenté des mesures qui paraissent plus sécuritaires que prévu. 

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Sous l'intitulé "Projet de loi contre la récidive ", le texte renforcera l'arsenal répressif, en retirant notamment la possibilité aux juges d'aménager les peines pour les condamnations inférieures à deux ans de prison, ce qu'ils pouvaient faire auparavant. Désormais, ils seront limités aux peines de moins de deux ans, qui pourront être ramenées à un an pour les primo-délinquants, et à six mois pour les récidivistes. 

Les contraines pénales maintenues

Pourtant, la garde des Sceaux a affirmé que plus de responsabilités étaient données aux juges. "Ce gouvernement choisit de faire confiance aux juges ", a-t-elle expliqué. Avec, notamment, une possibilité supplémentaire : celle de la contrainte pénale (ou peine de probation), critiquée notamment par Manuel Valls, et finalement maintenue. "Si le juge estime que la contrainte pénale est la meilleure peine, alors il en aura la possibilité ", a indiqué Christiane Taubira. 

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Un projet plus sécuritaire que prévu 

"La sécurité pas un gros mot, c'est notre devoir ", a également déclaré la ministre de la Justice, dans un registre où on ne l'attendait pas forcément. "Je n'ai jamais dit que j'étais contre le tout carcéral, je n'ai jamais dit qu'il fallait vider les prisons ", a-t-elle rappelé. "J'ai dit qu'il fallait lutter contre la récidive. Nous ne refusons pas la prison, nous avons le souci de rendre la prison plus efficace ". 

"La ligne de réflexion du président, c'est la préoccupation de la baisse de la récidive, qui n'a cessé d'augmenter de 2007 à 2012"

Elle a détaillé les moyens utilisés pour cela : augmenter le nombre de juges d'application. 55 postes en plus, soit une augmentation de 18 %, sont prévus dans le projet. "C'est un engagement clair du président de la République de mettre plus de moyens ", a-t-elle ajouté. 

Sur la même longueur d'ondes que Valls

L'objectif étant de "créer les conditions pour mettre en place une peine individualisée et un suivi individualisé des délinquants qui sortent de prison. Nous voulons un retour progressif à la liberté, non pas une sortie sèche de prison ", a expliqué Christiane Taubira. 

"7% des personnes qui entrent en prison sont SDF, et 14% sortent sans possibilité d'hébergement. Les risques de récidive sont élevés et c'est ce que nous voulons résoudre"

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Au sujet de la polémique entre elle et Manuels Valls, ministre de l'Intérieur, elle a simplement expliqué que le ministre de l'Intérieur et elle ont "le même souci : faire en sorte que la politique pénale et pénitentiaire soit effiicace. Tout le monde est très clair là-dessus ". 

Elle a ainsi prôné l'unité du gouvernement derrière ce projet, confirmant toutefois à demi-mot que certaines de ses propositions de mesures n'avaient pas eu l'aval du Premier ministre et du président de la République.