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Bernard Mazières, le parricide incompréhensible

La cour d'assises des mineurs de Paris se penche à partir de lundi sur l'assassinat de l'ancien journaliste politique Bernard Mazières. Son fils Louis, 17 ans au moment des faits, et un ami de ce dernier sont accusés de ce meurtre. Le mobile reste mystérieux.
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France Télévisions
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 (Maxppp)

Pour la famille de l'ancien journaliste Bernard Mazières, le procès qui s'ouvre ce lundi à la cour d'assises des mineurs de Paris doit être l'occasion de comprendre l'incompréhensible : comment un fils peut désirer la mort de son père au point de la planifier, de la préparer et de finalement passer à l'acte.

Le 24 décembre 2010, Louis (le prénom a été modifié) et son ami Dany, 17 et 25 ans au moment des faits, ont tué Bernard Mazières, 60 ans, pour une raison que les enquêteurs ne sont toujours pas parvenus à déterminer.

Assassinat, vol et escroquerie

Ce soir-là, Louis prévient son père que Dany va passer dans son appartement de Saint-Germain-des-Près (Paris VIe) pour récupérer un casque audio qu'il aurait oublié. Une fois sur place, Dany frappe le journaliste de plusieurs coups de marteau, avant de lui planter un couteau dans la gorge.

Les enquêteurs n'ont aucun mal à remonter la piste des meurtriers présumés : aucune trace d'effraction n'est constatée dans l'appartement, les garçons se sont appelés 26 fois le jour du meurtre et la police a retrouvé le ticket de caisse prouvant qu'ils avaient acheté ensemble le marteau.

Arrêtés, ils ont été mis en examen pour assassinat, vol et
escroquerie (pour l'auteur présumé) et complicité (pour le fils) d'escroquerie,
les cartes bancaires de Bernard Mazières ayant été utilisées après le crime à
hauteur de plusieurs milliers d'euros. 

"Grand malaise "

L'argent ne semble cependant pas être la motivation de ce crime. Les enquêteurs ne sont pas parvenus à déterminer le mobile du meurtre. 

Lors de ses auditions, Louis a évoqué "un grand malaise " entre lui et son père, avec lequel les relations s'étaient dégradées à l'adolescence. Le journaliste s'inquiétait des mauvais résultats scolaires d'un fils dont il s'occupait visiblement peu, tandis que le jeune homme accusait son père de trop boire.

Aux juges, Louis a dit son sentiment de s'être laissé entraîner. Il aurait évoqué "comme un con " l'idée que son père "pourrait mourir ", et son ami Dany, qui se vantait "d'avoir égorgé un dealer ", l'aurait convaincu de passer un l'acte. Une version que conteste son complice. Les experts, qui ont examiné les deux accusés, ont évoqué des "énigmes psychopathologiques ".

Pour l'avocat des parties civiles Richard Valéanu, la famille veut comprendre les raisons de ce parricide. "On a un garçon très jeune, qui vit dans un milieu favorisé, qui a
un père aimant (...) Il n'y a rien qui peut expliquer ce geste
", a-t-il expliqué au micro de Corinne Audouin.

"Ce que la famille
espère de ce procès (...) c'est avant tout de pouvoir
comprendre les raisons qui ont poussé ce jeune homme à concevoir, préparer et
apparemment participer à cet assassinat." (Richard Valéanu)

Quand les tests ADN révèlent que Bernard n'est pas le père de Louis

Pour défendre Louis, ses avocats vont certainement s'en prendre à l'image d'un père aimant, confronté à un adolescent en crise. D'autant que l'enquête a mis en lumière un fait inattendu : les tests ADN ont révélé que Bernad Mazières n'était pas le père biologique de Louis. Le journaliste, conscient que l'adolescent n'était pas véritablement son fils, l'aurait alors négligé.

Mais les parties civiles entendent contester cette version, affirmant que Bernard Mazières n'était au courant de rien. La mère de l'enfant aurait certes eu des doutes mais aucune certitude avant les tests ADN, et le père n'aurait jamais su que Louis n'était pas son fils.

Cette question sera peut-être l'un des enjeux de ce procès qui se tiendra à huis clos. Le verdict est attendu vendredi. Les deux accusés encourrent la réclusion criminelle à perpétuité.

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