"Air Cocaïne" : 20 ans de prison pour les quatre Français

Les quatre Français accusés de trafic de drogue en République dominicaine ont été condamnés à 20 ans de prison samedi. C'est la peine qui avait été requise par le tribunal de Saint-Domingue. Leurs avocats vont faire appel.

(Parmi les quatre Français condamnés, deux pilotes : Pascal Fauret et Bruno Odos qui ont toujours nié le trafic © Ezequiel Abiu Lopez/AP/SIPA)

Quatre Français avaient été arrêtés en République dominicaine en mars 2013, alors qu'ils s'apprêtaient à décoller depuis l'aéroport de Punta Cana. A bord de leur avion, près de 700 kilos de cocaïne a avaient été découverts. Malgré leurs dénégations sur leur implication, les Français, dont deux pilotes, ont été condamnés à 20 ans de prison. Dix autres personnes, de nationalité dominicaine comparaissaient pour complicité dans cette affaire. Elles écopent de peines allant de de cinq à dix ans de prison.

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"Un coup de massue"

Les quatre Français soupçonnés de trafic de drogue sont Pascal Fauret et Bruno Odos, pilotes de l'avion, Alain Castany, un homme d'affaires travaillant avec la compagnie ayant affrété l'appareil, et Nicolas Pisapia, officiellement unique passager de l'avion. Tous ont clamé leur innocence dans cette affaire dite d' "Air cocaïne".

A l'annonce du jugement, Sabine Fauret, l'épouse d'un des deux pilotes condamnés, a qualifié la peine d' "insupportable" .

"Vous vous rendez compte, 20 ans de prison, c'est la peine maximale alors que le procureur n'a apporté aucune preuve."

"Le procureur n'a pas cessé de mentir et de changer de version au fil des audiences" : Sabine Fauret, l'épouse d'un des deux pilotes condamnés
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Le président du comité de soutien des deux pilotes, Philippe Heneman, a dit sa stupéfaction à l'annonce du jugement. "C'est un coup de massue " a -t-il déclaré sur France Info.

"Nous sommes abasourdis par le copié-collé du réquisitoire du procureur" : Philippe Heneman, président du comité de soutien des deux pilotes
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Vers un nouveau procès

L'avocat des deux pilotes français, Maître Jean Reinhart, se dit tout aussi surpris par le jugement, alors qu'il avait demandé l'acquittement. Il a pu parler avec les pilotes qui sont "sous le choc" dit-il. "C'est l'incompréhension et la stupeur" . Le défenseur des deux pilotes va faire appel de la condamnation. 

"Cette peine ne correspond ni à la tenue des débats ni au fond du dossier" : Maître Jean Reinhart, avocat des deux pilotes français
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Maître Pinelli, l'avocat de Nicolas Pisapiau, le seul passager français inculpé, va même plus loin. Il met en cause la justice de Saint Domingue et dénonce "un système judiciaire qui ne laisse pas la place à la loyauté et à l'équité ". Pour lui, "cette décision repose sur des fondations malsaines : des faux témoignages, des indicateurs plus ou moins corrompus, des preuves falsifiées, des procès-verbaux irréguliers …" 

"La décision n’est pas conforme à la teneur des débats. Il n’y a qu’un pas pour imaginer qu’elle était déjà écrite et qu’elle n’attendait que le tampon à la fin de l’audience. Maître Pinelli, avocat du passager français
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Un appel au quai d'Orsay

L'épouse du pilote Pascal Fauret a demandé au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, d'intervenir.

"Monsieur Fabius a dit récemment qu'il ne laissait tomber aucun des citoyens français, c'est le moment qu'il le prouve et j'attends des nouvelles de sa part".

A son tour, Olivier Cadic, sénateur UDI représentant les Français établis hors de France, a demandé "une implication plus forte de la diplomatie française" après avoir "déploré la décision de la justice dominicaine"

Dans un communiqué publié en fin de matinée samedi, le quai d'Orsay a qualifié de "très lourde" la peine annoncée quelques heures plus tôt et souligné que "la condamnation n'est pas définitive" et que ses services continuaient à "assurer à ces quatre Français une protection consulaire active" . Le ministère des Affaires étrangères a aussi prévu de "suivre cette affaire avec la plus grande attention"

Les quatre Français comparaissaient libres après 15 mois de détention provisoire. Ils vont le rester jusqu'à la peine définitive, mais sans pouvoir quitter la République dominicaine.