Hausse du pouvoir d’achat : "Les gens ne mangent pas des chiffres, ils mangent des produits alimentaires", réagit le Secours Populaire

Selon l'étude dévoilée mardi 16 novembre par l'Institut des politiques publiques, le pouvoir d'achat a augmenté pour quasiment tous les Français de 400 euros par an. Un phénomène que ne constate pas le Secours Populaire.

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Secours populaire. Photo d'illustration. (ISABELLE RIVIÈRE / FRANCE-BLEU POITOU)

"Les gens ne mangent pas des chiffres, ils mangent des produits alimentaires", a réagi sur franceinfo mardi 16 novembre Henriette Steinberg, secrétaire générale du Secours Populaire, sur l'étude menée par l'Institut des politiques publiques qui évoque un gain de 400 euros de pouvoir d'achat en moyenne pour les Français. "On est extrêmement perplexe sur les chiffres", a-t-elle déclaré, "ce n'est pas ce que nous avons vu pendant ces dix-huit derniers mois." L'étude pointe aussi que les mesures en faveur du pouvoir d'achat n'ont pas bénéficié à tous les Français de la même manière. Les 5% les plus modestes qui vivent avec moins de 800 euros par mois ont perdu près de 40 euros par an.

franceinfo : Tous les Français ont donc gagné en pouvoir d'achat, sauf les plus modestes, ceux qui vivent avec moins de 800 euros. Vous les voyez venir au Secours populaire ces personnes-là ?

Henriette Steinberg : Bien sûr ! Bien sûr qu’on les voit venir. On voit aussi que la situation ne s’améliore pas. Et c'est pour nous une vraie préoccupation. Il ne s'agit pas de personnes qui ne travaillent pas. Il s'agit de personnes qui ne travaillent pas à temps complet et qui, évidemment, n'y arrivent pas. Avec 800 euros, comment voulez-vous qu'elles y arrivent ? Quand de surcroît, elles ont un ou deux enfants et que les prestations familiales elles-mêmes n’ont pas été revalorisées. Évidemment, les éléments s’accumulent. Ce n'est pas au Secours populaire qu'on vous dira le contraire. On les connaît, on les rencontre. On les soutient autant qu’on le peut mais ça ne peut pas être une association qui arrive à couvrir la différence. Évidemment, c'est très bien de faire en sorte que les gens aient un travail à temps complet et payés convenablement. Mais la question porte aussi sur ceux qui ne sont pas dans cette situation. Et ce n'est pas le résultat d'un choix personnel.

Cette étude de l'Institut des politiques publiques montre que les inégalités se creusent. Est-ce que ça vous inquiète pour l'avenir ?

Bien sûr que ça nous inquiète. Ça nous inquiète parce que d'abord, on se dit que c'est vraiment très compliqué quand ils ont des enfants et que la perspective pour les enfants, c'est que la situation ne s'améliore pas. Et comme l'a montré une enquête antérieure, il faut six générations pour sortir de la nasse de la pauvreté. Alors si on s'enfonce encore plus, ce n’est pas joyeux, c’est le moins que l’on puisse se dire. Et donc, nous, ce qu'on se dit c'est que peut-être il faut prendre le temps de réfléchir au sujet autrement et prendre le temps de se dire que quand une femme travaille et qu’au résultat elle gagne 800 euros, elle ne va pas s’en sortir avec son gamin ou ses gamins. Et que si on lui diminue encore ce qu'il en est de la prise en charge partielle de son loyer, ça ne va pas améliorer les choses et ça va contribuer à faire qu’il y a une inquiétude dans le pays et qu’il y a un sentiment d’injustice qui repose sur le vécu. Et pour nous c’est vrai que c’est préoccupant.

Cette étude montre également que le pouvoir d'achat a augmenté pour quasiment tous les Français de 400 euros par an. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

En ce qui nous concerne, on est extrêmement perplexe sur les chiffres et sur le moment. D'où viennent ces chiffres, d'où sont-ils tirés ? Parce que l'idée selon laquelle, la situation s'est améliorée massivement pour la population, ce n’est pas ce que nous avons vu pendant ces dix-huit derniers mois. Les gens ne mangent pas des chiffres, les gens mangent des produits alimentaires et nous, on a vu des personnes venir qui jamais n'avaient eu besoin de rien. Donc, on nous dit que ça va mieux depuis quatre ans. L’expérience concrète que nous avons dans les 1 300 lieux où le Secours populaire est présent, n’est pas celle-là. En plus, ces dernières semaines, avec le sentiment que les prix augmentent dans les magasins, certains n'y arrivent pas et ne savent pas comment ils vont faire. On les rencontre partout. J'ai du mal à penser que certains ne les rencontrent jamais. Et puis, quand on circule dans les rues et dans certains quartiers, regardez comment ils sont vêtus. Si vous regardez, ce qu'ils ont au pied, ce qu'ils ont sur le dos, vous voyez bien qu'ils ne sont pas enveloppés dans de la fourrure. Et je ne vous parle pas de ceux qui dorment dans la rue. Je vous parle de ceux qui sont dans les quartiers populaires. Donc l'idée que ça s'améliore, peut-être. Mais nous, on n’a pas la chance de rencontrer ceux pour qui ça s’améliore.

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