Violences sexuelles faites aux enfants : l’association Face à l’inceste réclame "un plan pérenne", "pas une campagne unique"

Le gouvernement va lancer vendredi une campagne de sensibilisation choc de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. Anne Clerc, déléguée générale de l’association Face à l'inceste "salue la démarche", mais voudrait que le combat dure dans le temps.
Article rédigé par France Info
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Image d'illustration. (Aurélien Laudy / MAXPPP)

Des spots diffusés à la télévision, au cinéma ou encore sur les réseaux sociaux. Une campagne de sensibilisation gouvernementale, destinée à lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants, s'invitera sur vos écrans à partir du vendredi 15 septembre 2023. Une opération directement inspirée des préconisations de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), il y a un an.

>> Violences sexuelles faites aux enfants : le gouvernement annonce une campagne de sensibilisation qui sera lancée le 15 septembre

Déléguée générale de l’association Face à l’inceste, Anne Clerc "salue la démarche", mais estime que cette campagne ne sera pas suffisante pour lutter contre le fléau en France. Le gouvernement rappelle en effet "qu'un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois minutes".

"On propose un plan qui doit être pérenne (...) récurrent. Cela ne doit pas être une campagne unique"

Anne Clerc, déléguée générale de l’association Face à l’inceste

à franceinfo

franceinfo : Que pensez-vous de cette campagne ?

Anne-Clerc : Nous saluons la démarche de cette campagne puisqu'il n'y en avait pas eu depuis 2002, et notamment la mention de l'inceste dans des campagnes de prévention à l'attention du grand public, à des heures de grandes audiences. En revanche, on pose la question des moyens alloués pour réceptionner la parole de ces enfants. Il y a 6,7 millions de victimes en France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, 3% des plaintes pour viol sur mineur aboutissent à la condamnation du mis en cause. On pose la question du fait que les enfants parlent et que l'on doit les protéger. Ce sont les parents qui doivent être responsables et rendre des comptes face à la parole des enfants.

Que proposez-vous ?

On propose un plan qui doit être pérenne, qui doit vraiment couvrir l'ensemble des besoins. Cela doit être un plan de prévention et de santé publique, il doit être récurrent, cela ne doit pas être une campagne unique. Il faut des actions de prévention primaire pour empêcher les passages à l'acte, des actions de prévention secondaire pour détecter les premières manifestations tant du côté des agresseurs sexuelles que du côté des enfants victimes. Il faut aussi des actions de préventions tertiaires qui permettent de réduire les conséquences et d'accompagner les victimes d'inceste. Il faut agir au niveau des adultes qui doivent devenir des protecteurs de ces enfants victimes d'inceste. Il faut changer de paradigme, se mettre à hauteur d'enfant et prendre en considération ces révélations. On entend les questions de présomption d'innocence, mais que fait-on quand un enfant révèle des faits d'inceste et qu'il n'est pas immédiatement protégé et qu'il doit à nouveau se confronter à son agresseur sexuel ?

Est-ce que le plan du gouvernement propose des avancées à ce sujet ?

Il y a des amorces. Emmanuelle Béart a pris la parole, il y a son documentaire ("Un silence si bruyant", qui sort le 24 septembre sur M6). Pour mobiliser l'opinion publique, c'est fondamental. En revanche, il faut se rappeler qu'encore aujourd'hui après un dépôt de plainte, les enquêtes sont longues. Il y a très peu de condamnations, de familles qui portent plainte. Huit victimes sur dix n'ont pas de parents qui les protègent lorsqu'ils révèlent des faits d'inceste. D'un autre côté, on a ces parents protecteurs qui sont confrontés à une justice qui ne les protège pas lorsqu'ils veulent aider les enfants qui sont victimes d'inceste. Aimer les enfants, est-ce suffisant ? Il faut apprendre à respecter et à reconnaître leurs droits et changer d'angle par rapport à la parole des enfants.

Que faut-il pour que les choses changent ?

Les professionnels ont besoin d'être accompagnés, mais avant d'appeler le 119, ils ont aussi besoin d'être formés. On exige une formation initiale et continue de tous les professionnels qui sont en lien avec des enfants. Il faut que les médecins soient formés, que les enseignants soient formés, que tous ceux qui accompagnent les enfants soient formés pour mesurer la gravité de ces faits. Dans cette campagne, on ne mesure pas la gravité et l'impact des violences sexuelles faites aux enfants. Aujourd'hui, tout un chacun doit être armé pour répondre à un enfant, à quelqu'un qui a été victime d'inceste. On manque de réponses à la hauteur de cette violence et de ce traumatisme qui impacte durablement les victimes.

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