Valérie Bacot libérée : "C'est un verdict qui est juste", selon l'association Lawyers For Women

Valérie Bacot a été condamnée à une peine symbolique, pour le meurtre de son mari qui la violait et la forçait à se prostituer.

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Radio France
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Valérie Bacot repart libre de la Cour de justice de Chalon-sur-Saône le 25 juin 2021. (JEFF PACHOUD / AFP)

"C'est un verdict qui est juste", a réagi vendredi 25 juin sur franceinfo l'avocate Michelle Dayan, présidente de l’association Lawyers For Women (L4W), une association qui lutte par le droit contre les violences faites aux femmes dans le monde entier, après la condamnation de Valérie Bacot à quatre ans de prison, dont un ferme. L'avocate se dit soulagée pour Valérie Bacot, qui va pouvoir "s'autoriser enfin à vivre". Michelle Dayan en appelle maintenant à "légiférer véritablement sur l'emprise" que subissent les victimes.

franceinfo : Est-ce que c'est un verdict symbolique ?

Michelle Dayan : C'est un verdict juste. Cette femme est ressortie libre de la cour d'assises. Et pour une femme qui a vécu plus qu'un calvaire, plus que des violences, une emprise, c’est-à-dire l'abolition de toute liberté depuis tellement de temps, le symbole de la liberté, c'est très fort. J'ai accueilli ce verdict comme un espoir pour elle, un espoir de liberté et donc un espoir de s'autoriser enfin à vivre.

Le ministère public appelait à un verdict clément, car selon lui, Valérie Bacot était très clairement une victime. Ses avocates ne s'y attendaient pas ...

C'est une victime qui, par la force des évènements dramatiques, se retrouve être au banc des accusés, puisque le véritable accusé, le véritable responsable est mort. Et elle n'est pas à la bonne place. C'est cela qui était si singulier et qui suscite tant d'émotion. Elle n'est pas à sa place, mais comme elle n'est pas sa place depuis l'âge de 12 ans. Donc, il était très symbolique, ce procès. Et le ministère public, heureusement, ne pouvait pas faire autrement que de demander la clémence. Il ne pouvait pas non plus faire autrement que de demander une condamnation. Mais il fallait faire en sorte que cette condamnation soit la plus la plus compatible avec cette situation très particulière et qu'elle puisse ressortir libre.

Ce verdict est-il le signe d'une évolution des mentalités dans la société française par rapport à ce que peuvent vivre certaines femmes ?

Le verdict est vraiment conforme au droit positif, puisque il n'y a pas d'état de légitime défense, il n'y a pas d'abolition totale du discernement. Il y a quand même des faits qui sont avérés. Donc elle ne pouvait qu'être condamnée, en l'état actuel du droit. En revanche, la justesse de ce verdict est un espoir d'évolution des mentalités, qui précèdent souvent l'évolution de la loi. Et ce qui est très intéressant dans cette affaire très particulière dans son intensité, mais très banale dans sa nature, c'est l'emprise. L'emprise a été au cœur des débats. L'une des thèses de la défense était que, justement, cette emprise-là, qui colonisait entièrement cette femme depuis qu'elle avait 12 ans, était telle qu'il n'y avait pas d'autre moyen pour s'en sortir que de tuer son agresseur. Ce verdict ouvre la porte au législateur pour donner une place plus importante à l'emprise dans la protection des femmes victimes de violences intrafamiliales ou de violences conjugales, d'une façon épouvantable et dramatique.

Cette notion d'emprise, est-ce que vous pensez qu'elle n'est peut-être pas encore suffisamment prise en compte ?

L'emprise, c'est quelque chose qui est difficile à appréhender. C'est quelque chose qui est immatériel. Quand on a des violences physiques et des viols et une emprise, c'est plus facile. C'est objectif, ce sont des faits. Il y a des coups, il y a une arme. Mais il y a des situations d'emprise et de violence psychologique sans violence physique. C'est tellement immatériel, c'est tellement ténu. Le principe de l'emprise, c'est qu'on ne se rend pas compte qu'on est sous emprise. Donc, c'est compliqué pour les autres de dénoncer quelque chose que celle qui le subit ne peut même pas dénoncer parce qu'elle est sous emprise. C'est ça qui est très difficile à appréhender, à légiférer. Il y a une levée de boucliers de bon nombre de praticiens du droit et du législateur pour ne pas légiférer véritablement sur l'emprise. Les choses avancent un peu. L'amendement sur le suicide forcé permet d'avancer sur cette notion d'emprise. Mais cela fait peur. Ce n'est pas rien l'emprise. C'est vraiment quelque chose de spécifique qui colonise totalement la victime et qui, a minima altère son discernement, au maximum aboli son discernement et qui, parfois, ne laisse aucun recours possible à la loi. Quand on est sous emprise, la loi n'existe pas puisque l'agresseur est la loi. Il faut continuer les formations. Il faut continuer à sensibiliser, comme on le fait de plus en plus, mais pas assez, les magistrats, les psychologues, les avocats, les policiers, à cette notion d'emprise.

Après ce verdict, Valérie Bacot va-t-elle pouvoir se reconstruire et comment ?

C'est très difficile à dire quand on a fait que survivre depuis si longtemps. Et c'est difficile de vivre quand on est déjà morte plusieurs fois. Et elle est morte plusieurs fois. Donc bien évidemment il faut un accompagnement. Et bien évidemment, il faut se construire plutôt même que se reconstruire, parce qu'elle ne s'est jamais vraiment construite. Aujourd'hui la loi est dite et l'a condamnée, puisque en effet, il a bien été clairement dit qu'on ne tue pas. La loi est rappelée. Ce n'est à mon avis pas suffisant, mais en tout cas nécessaire pour qu'elle puisse se construire et qu'elle puisse aujourd'hui vivre, tout simplement.

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