Rejet de la demande d'Alain Cocq : "La loi Claeys-Léonetti c'est seulement si vous êtes à l'agonie", réagit le président de l'ADMD

La demande rejetée d'Alain Cocq, atteint d'une maladie incurable, de pouvoir bénéficier d'un suicide assisté, relance le débat sur le droit de mourir en France.

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Radio France
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Atteint d'une maladie incurable, Alain Cocq demande le droit de mourir dans la dignité (Photo du 12 août 2020). (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Alain Cocq va se laisser mourir en direct sur Facebook dans le but de dénoncer "l'agonie" contrainte par la loi actuelle sur la fin de vie. À 57 ans, il est grièvement atteint d'une maladie incurable et n'a pas été autorisé au suicide assisté. "Parce que je ne me situe pas au-dessus des lois, je ne suis pas en mesure d'accéder à votre demande", lui a répondu Emmanuel Macron. "La loi Claeys-Léonetti c'est seulement si vous êtes à l'agonie", a expliqué vendredi 4 septembre sur franceinfo Jean-Luc Romero-Michel, président de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité (ADMD).

franceinfo : Que vous inspire sa démarche ?

Jean-Luc Romero-Michel : À la fois beaucoup d'émotions et beaucoup de colère. Je l'ai rencontré mercredi. Beaucoup d'émotion parce qu'Alain Cocq a toutes ses facultés intellectuelles et il a donné toute sa vie pour les autres et notamment pour travailler sur la question du handicap. Il a fait des tours de France et des tours d'Europe pour sensibiliser sur cette question. Là, il est reclus dans son lit, il ne peut plus rien faire par lui-même. Il a des souffrances physiques qu'il ne peut pas soulager. Il demande simplement à avoir un geste d'amour pour pouvoir partir et on n'a rien à lui répondre dans notre État. Évidemment, le président ne peut pas décider lui-même, mais les lois actuelles ne tiennent absolument pas compte de lui, comme elles se fichent de la question de la fin de vie qui dans notre pays est oubliée. Il y a une certaine colère vis-à-vis de ces gouvernements qui n'ont pas fait de plan de développement de soins palliatifs depuis deux ans et qui réagisse que quand il y a une affaire. Il faut que chaque année, on ait quelqu'un qui arrive à dépasser ses douleurs physiques pour pouvoir aller parler et montrer à quel point on est dans une absurdité.

Pourquoi le cas d'Alain Cocq n'entre pas dans le cadre de la loi Claeys-Léonetti ?

La loi Claeys-Léonetti c'est seulement si vous êtes à l'agonie. De toute façon, il ne veut pas de ce que la loi lui donne. Elle lui permet d'avoir la sédation terminale. C'est-à-dire qu'on va l'endormir, il va arrêter d'être alimenté, hydraté, on va attendre que ses reins soient atteints. Lui, il ne veut pas être endormi. C'est incroyable qu'on ne puisse pas partir en quelques minutes.

Cette loi c'est une solution si vous allez mourir dans les heures qui suivent. Quand vous avez un cœur solide cela peut durer pendant des semaines, et là c'est une sorte d'acharnement thérapeutique. 

Jean-Luc Romero-Michel, président de l’ADMD

à franceinfo

C'est ça le grand paradoxe. On a une loi qui donne une forme d'acharnement thérapeutique et on a une loi qui reste une loi médicale puisque tout ça est contrôlé par les médecins. On ne veut pas entendre que votre mort vous appartient et que c'est à vous de décider, mais ça la loi ne le permet pas.

Alain Cocq veut diffuser son agonie sur les réseaux sociaux. Qu'en pensez-vous ?

Comme il n'est pas entendu et qu'il a été militant toute sa vie, je pense qu'il a pris sa décision. Je pense qu'elle est difficile, j'en ai parlé avec lui et je lui ai dit que cela allait être très dur pour lui. Il a pris cette décision très forte et comme il veut que sa mort ne soit pas une mort pour rien et que sa lutte ne soit pas pour rien, il a décidé de le faire sur les réseaux sociaux.

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