Crèches privées : "Ces services, lorsqu'ils sont privatisés, coûtent plus cher aux finances publiques", explique un économiste

L'économiste François-Xavier Devetter estime qu'il y a "quelque chose de comparable" entre les pratiques dans les crèches privées et le scandale qui avait secoué les Ehpad Orpéa.
Article rédigé par France Info
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Une enfant de 3 ans joue dans une crèche à Lyon, en juillet 2023. Photo d'illustration. (ANTOINE BOUREAU / HANS LUCAS)

"Ces services, lorsqu'ils sont privatisés, coûtent plus cher aux finances publiques", explique mercredi 6 septembre sur franceinfo François-Xavier Devetter, économiste, chercheur à l'IRES et professeur à l'université de Lille. Ce vendredi sort "Le prix du Berceau" (Seuil). Cette enquête met en lumière des mauvaises pratiques dans les crèches privées.

>> Pas assez de repas, pas assez d'adultes... Ce que révèle le livre-choc "Le prix du berceau" sur le fonctionnement des crèches privées

"Il y a quelque chose de comparable" avec ce qui s'est passé à Orpea. Cette entreprise avait été pointée du doigt pour des mauvais traitements de ses résidents d'Ehpad. "La privatisation, la mise en concurrence n'est jamais simple pour des services de prise en charge des personnes fragiles, que ce soient des enfants ou des personnes âgées", affirme l'économiste.

franceinfo : Quand on parle dans ces livres d'usines à bébé, cela fait écho au scandale Orpéa dans les maisons de retraite. Est-ce qu'on est là dans la même logique de rentabilité ?

François-Xavier Devetter : Il y a quelque chose de comparable. La privatisation, la mise en concurrence n'est jamais simple pour des services de prise en charge des personnes fragiles, que ce soient des enfants ou des personnes âgées. Ce n'est pas forcément le satut en soi qui crée la maltraitance, les salariés du secteur privé ne sont pas en tant qu'individu mis en cause. Au contraire, ce sont souvent des gens qui font un métier assez remarquable. Mais ce sont les conditions de travail et les conditions économiques derrière qui, souvent, contraignent davantage leur activité avec une recherche du profit.

Est-ce qu'il faut remettre en question ces services privés ?

On a ouvert progressivement un certain nombre de secteurs au privé. C'est vrai pour les personnes âgées et ses propres enfants. Ce sera vrai pour le handicap aussi. Ce n'est pas économique parce que quand on ajoute les subventions aux employeurs, les subventions aux exonérations de cotisations sociales et patronales, les subventions aux salariés qui, du coup, sont devenus des travailleurs pauvres, et donc qui ont besoin de prime d'activité... Ces services, lorsqu'ils sont privatisés, coûtent plus cher aux finances publiques. Personnellement, je ne vois pas véritablement ce qui peut justifier que l'on maintienne ce cap-là.

Est-ce que revaloriser le salaire pourrait être un premier pas pour reconsidérer ces métiers-là ? Plus de reconnaissance et aussi un mieux-être au travail ?

L'ensemble des métiers 'du prendre soin de soi' pour la petite enfance ou pour les personnes âgées sont extrêmement mal traités aujourd'hui, avec des salaires très faibles, du temps de travail éclaté, fragmenté. Les conditions de travail sont difficiles du fait du manque de personnel et il y a une reconnaissance sociale qui est souvent limitée. Tous ces éléments doivent être transformés et la rémunération en est un des éléments évidemment essentiels et premiers.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.