Elections au CFCM sur fond de divisions internes

Près de 5.000 délégués doivent élire aujourd’hui leurs représentants au conseil français du culte musulman (CFCM), avant la désignation dans deux semaines d’un nouveau président. Mais ces élections révèlent de profondes divisions internes. A tel point que plusieurs leaders ont appelé au boycott du scrutin.

(Radio France © France Info)

Selon le ministère de l’intérieur, sur les quelques 1.000 lieux de cultes musulmans en France, plus de 700 mosquées devraient
participer au premier tour des élections au CFCM. Malgré l’appel au boycott lancé par deux des principaux courants de l’islam en France : l'Union des Organisations Islamistes de France et la fédération Nationale de la Grande Mosquée de Paris.

En cause, le mode de scrutin. Lors de la création du CFCM en 2003, la représentativité de chaque mosquée a été calculée en fonction de la superficie du lieu de culte. Plus l’édifice est grand, plus les fidèles désignent de délégués. Un système a priori objectif, mais dénoncé par le recteur de la Grande Mosquée de Paris. Dalil Boubakeur a ainsi déclaré jeudi à Lille devant 1.500 membres de sa fédération, que "ce qui divise, c'est l'inéquité, l'injustice, le manque de représentativité de critères retenus qui sont le mètre carré de surface cultuel".
_ Selon lui, le scrutin favorise les vastes mosquées, mais pas forcément les plus fréquentées. Et il prend cet exemple : "Il suffirait d'acheter un terrain de 1.000 m2 en Lozère pour avoir plus de délégués que dans 20m2 en plein centre de Paris".

Dalil Boubakeur plaide donc pour une réforme du régime électoral. Elle passerait par l'introduction d'un facteur de
pondération, ou par une présidence tournante ou encore par la constitution "d'un collège de personnalités" sur le modèle de la Conférence des évêques de France.

Des divisions internes

Mais au-delà, Dalil Boubakeur affirme aussi que ce mode de scrutin "a mis en lumière des antagonismes, des nationalismes, des régionalismes, des choses tout à fait détestables dans ce qui voudrait être la constitution d'un culte français par définition".
En clair, ces élections révèleraient une lutte d'influence entre Algériens et Marocains pour le contrôle de l'islam de France, la deuxième religion du pays.
Et ce sont ces divisions internes qui ont poussé l’UOIF à boycotter les élections. Pour son président, Fouad Allaoui, ce rendez-vous est "une occasion de mesurer leurs forces" pour des États étrangers --l'Algérie, le Maroc, la Turquie--.

L’UOIF est proche des Frères musulmans, la fédération Nationale de la Grande Mosquée de Paris du gouvernement algérien, quant au Rassemblement des musulmans de France, il réputé proche du Maroc.
_ Cette dernière mouvance soutient elle au contraire les élections au CFCM. Le RMF souhaite en effet préserver "la légitimité des institutions et montrer leur maturité dans le respect des échéances", a expliqué son président Anouar Kébibèche.

Le ministère de l'intérieur a de toute façon refusé de reporter les élections.