Cet article date de plus de huit ans.

Peillon de plus en plus isolé sur sa réforme des rythmes scolaires

La mairie socialiste de Montpellier "s'oriente" vers une application de la réforme en 2014.  Comme Lyon la veille. Le ministre de l'Education attend la décision de Paris et de Lille. 

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Vincent Peillon, le ministre de l'Education nationale, en visite dans une école à Bourges (Cher) le 15 février 2013.  (ALAIN JOCARD / AFP)

"En 2014, tous les enfants de France seront aux quatre jours et demi." Oui, mais combien en 2013 ? Vincent Peillon a répété, mercredi 20 février sur France Info, qu'il souhaitait que "le maximum" d'élèves puissent bénéficier de la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée prochaine. Il a néanmoins souligné qu'il ne fallait "jamais passer en force".  

Les efforts du ministre de l'Education pour voir son décret appliqué au plus vite se heurtent de plus en plus à la résistance des maires, y compris socialistes. Les villes ont jusqu'au 31 mars pour déterminer si elles l'appliqueront en 2013 ou 2014. Mais selon le ministère, "près de 60%" d'entre elles "ne se sont pas prononcées". Qu'ont dit les autres ? 

Lyon et Montpellier reportent, Paris et Lille hésitent

Mercredi, la ville socialiste de Montpellier a annoncé son intention d'attendre 2014, s'alignant sur la décision prise la veille par Lyon. Un revers important pour Vincent Peillon, qui sillonne actuellement toute la France pour expliquer cette réforme. 

Selon le maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb, "les modes d'organisation et la difficulté à s'organiser de manière rapide" font débat. Et "le problème financier est extrêmement important". Les 40 euros par élève - 90 euros dans les zones prioritaires - promis par le gouvernement aux villes qui passeront le cap dès 2013 ne suffisent pas à convaincre.

Deux autres grandes villes socialistes, Paris et Lille, hésitent encore. Sur France Info, Vincent Peillon a indiqué qu'il attendait de "voir ce que [ferait] Martine Aubry", qui communiquera sa décision à la mi-mars. Mais tous les regards sont braqués sur la capitale, où les animateurs des centres de loisirs manifestent à leur tour mercredi. "Si Paris flanchait, la réforme, elle, tanguerait dangereusement", a écrit Libération (article payant) mardi. Or, le maire de Paris, inflexible au début de la mobilisation des enseignants, a peu à peu infléchi son discours. En marge d'une réunion publique houleuse sur le sujet, lundi, Bertrand Delanoë a affirmé qu'il n'avait "rien décidé encore" et qu'il mettrait en œuvre la réforme dès 2013 s'il "sent[ait]" que cela était possible.

A gauche, toujours, Grenoble, Belfort et Dijon ont déjà choisi la rentrée 2013. Reste que dans cette dernière ville, les remontées du terrain sont très mauvaises, selon une enseignante contactée par francetv info. La mairie soutient qu'elle travaille toujours à une mise en place cette année mais que les concertations ne sont pas terminées. "Ce n'est pas la pratique de François Rebsamen [le maire] de passer en force", précise-t-on.

Les Français sceptiques

Comme Lyon, la plupart des villes estiment insuffisante l'aide de l'Etat de 250 millions d'euros pour 2013 et éventuellement 2014. "Et au-delà, vous vous brosserez avec un oursin ?", avait ironisé le maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a lui aussi décidé d'attendre un an. Entre les frais de cantine, du ramassage scolaire et du recrutement des animateurs, la réforme représente, pour les collectivités locales, un coût de près de 600 millions d'euros, selon l'Association des maires de France. 

Les villes ne sont pas les seules à douter de leur capacité à mettre en place cette réforme dès 2013. Les Français se disent également sceptiques, selon un sondage Harris publié mercredi par le principal syndicat du primaire, le Snuipp. Ils sont 45% à estimer que leur commune n'a pas les infrastructures suffisantes et 57% à considérer que le "personnel qualifié" est en sous-effectif. Et ils sont quasi unanimes (92%) sur le fait qu'ils n'inscriront pas leurs enfants aux activités périscolaires si elles sont payantes.

"Tous, nous devons nous rassembler, collectivités locales, professeurs, animateurs, parents, autour de l'intérêt des élèves, et là, personne ne le conteste, il faut bien revenir aux 4,5 jours", a martelé Vincent Peillon mercredi matin. Quitte à attendre 2014, année des municipales.  

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.