Réforme de l'admission à Sciences Po Paris : "Une procédure plus simple et plus équitable", affirme son directeur

En 2021, il n'y aura plus qu'une seule voie d'admission. L'objectif, détaille Frédéric Mion, est de dénicher "les talents dont notre pays aura besoin dans 10 ans, 15 ans, 20 ans".

France Inter

Vraie révolution ou simple évolution ? Sciences Po va réformer ses procédures d'admission à partir de 2021"Le concours de Sciences Po va demeurer" mais "nous avons décidé de nous épargner les épreuves écrites" qui "étaient superfétatoires", a déclaré mercredi 26 juin sur France Inter Frédéric Mion, énarque et directeur de l'Institut d'études politiques de Paris. "Nous faisons une voie unique d'admission", a-t-il précisé, avec "une procédure plus équitable, plus simple."

France Inter. Pourquoi voulez-vous changer les modalités d'accès à Sciences Po ?

Frédéric Mion. Il est urgent de se poser la question des modalités selon lesquelles sont sélectionné(e)s les étudiant(e)s qui rejoignent Sciences Po. Cette réflexion, nous l'avons engagée il y a plus de deux ans et la crise des "gilets jaunes", en particulier, a braqué les projecteurs sur quelques-unes des grandes questions que nous nous posons. Quels sont les talents dont notre pays, le monde, auront besoin dans 10 ans, 15 ans, 20 ans ? Quelles sont les qualités que nous devons chercher à repérer chez celles et ceux qui souhaitent rentrer à Sciences Po ? Nous devons mettre en œuvre une procédure plus équitable, plus simple que ce que nous faisons.

Allez-vous supprimer le concours d'entrée ?

J'ai lu ici ou là que nous supprimions le concours d'entrée à Sciences Po. Le concours de Sciences Po, évidemment, va demeurer. Ce qui va changer c'est la façon dont les choses sont organisées. Ceux qui disent que nous supprimons le concours forcent le trait. Pour le forcer jusqu'au bout, nous ne supprimons pas un concours, mais nous en supprimons trois différents qui sont les trois voies actuelles pour rentrer à Sciences Po. Nous faisons une voie unique d'admission dans laquelle, il est vrai, nous avons décidé de nous épargner les épreuves écrites que passent un peu moins de la moitié de nos candidats et candidates.

Pourquoi juger l'oralité est moins discriminant que juger l'écrit ?

L'écrit demeure déterminant, il sera au cœur des critères que nous allons mobiliser pour évaluer les candidates et les candidats. Simplement, nous estimons que nous pouvons en confiance juger de l'excellence académique et scolaire de nos candidats sur leur dossier scolaire, les trois années qu'ils passent au lycée et les épreuves du baccalauréat. Nous savons que nos épreuves écrites d'entrée à Sciences Po se bornaient à nous confirmer ce que les dossiers de nos candidats nous apprenaient déjà sur eux. Elles étaient superfétatoires.

Ne craignez-vous pas de baisser le niveau de Science Po ?

Il n'est pas question de renoncer à prendre en compte les attitudes écrites de nos candidats. C'est tout le contraire. Nous souhaitons, dans les critères que nous allons mobiliser accorder une place très importante à ces aptitudes écrites telles qu'elles nous sont révélées par les épreuves du bac et le contrôle continu du lycée. Nous allons ajouter des critères à ceux que nous mobilisons aujourd'hui pour déceler les qualités qui feront de nos candidats des responsables qui sauront relever les défis qui sont face à eux.

Que se passe-t-il si on est mauvais à l'oral ?

On sait tous que nous ne sommes pas égaux devant l'oral, devant le trac. Nous allons pour cela cadrer cette épreuve orale de manière à rendre cet aléa le moins important possible, mais nous allons faire en sorte que l'épreuve orale ne soit pas éliminatoire. Ce sera une note qui viendra s'ajouter à celle que nous mettrons au dossier scolaire.

Frédéric Mion, directeur de l\'Institut d\'études politiques de Paris, dans les studios de France Inter, le 26 juin 2019.
Frédéric Mion, directeur de l'Institut d'études politiques de Paris, dans les studios de France Inter, le 26 juin 2019. (FRANCEINTER)