Education nationale : la colère des parents gronde face à "la curée"

L'annonce de la répartition des 14 000 suppressions de postes dans l'Éducation nationale a mis le feu aux poudres. Après l'opposition et les syndicats, la principale fédération de parents d'élèves (FCPE) a dénoncé une "curée", mardi 20 décembre.

Selon le ministre Luc Chatel, le gouvernement fait le choix de la responsabilité et de l\'innovation au service de l\'efficacité en matière d\'éducation.
Selon le ministre Luc Chatel, le gouvernement fait le choix de la responsabilité et de l'innovation au service de l'efficacité en matière d'éducation. (AFP - MEHDI FEDOUACH)

L'annonce de la répartition des 14 000 suppressions de postes dans l'Éducation nationale a mis le feu aux poudres. Après l'opposition et les syndicats, la principale fédération de parents d'élèves (FCPE) a dénoncé une "curée", mardi 20 décembre.

A quatre mois de la présidentielle, la question de la qualité de l'enseignement revient au centre des discussions.

Le détail, par Académie, des 14 000 suppressions de postes prévues dans l'Education nationale à la rentrée 2012, communiqué par le ministère aux seuls syndicats le 16 décembre, ne passe pas du côté des organisations d'enseignants, de parents et de l'opposition.

Le Parti socialiste qui fait de l'éducation une priorité dans son projet, a demandé un moratoire sur les suppressions de postes. "Irresponsabilité" et "absence totale d'idée nouvelle", lui a rétorqué le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel.

Autre absence notable, la répartition de ces suppressions de postes sur le site du ministère de l'Education nationale. Pour le coup, pas très innovant.

Acharnement contre l'école

Les parents ne décolèrent pas. "La curée continue", écrit dans un communiqué la FCPE qui condamne "l'acharnement systématique dont sont victimes l'école et les élèves en matière de gestion des moyens humains et financiers".

"Pour 2012, les 14 200 suppressions de postes prévues (dont 200 dans l'enseignement agricole) se feront encore au détriment de l'accès à l'école maternelle, de la mise en place effective des remplacements des enseignants, de l'aide spécifique à apporter aux élèves en difficulté, des élèves de la voie professionnelle, des collégiens pourtant encore plus nombreux en 2012...", déplore la fédération.

La double peine selon l'Unsa

Même son de cloche du côté des syndicats. L'Unsa Education appellera les personnels, les parents et les élèves à exprimer leurs exigences pour que l'éducation redevienne "une ambition nationale" dès janvier.

Rappelant que 80 000 postes auront été supprimés entre 2007 et 2012, "un plan social inégalé [qui] dégradera l'avenir de la nation plus sûrement que les agences de notation ne peuvent le faire", l'Unsa Education ne mâche pas ses mots et glisse sur le terrain politique.

"L'aveuglement idéologique du 'non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux' [partant à la retraite] atteint le plus haut niveau de cynisme" et "dans de nombreuses régions, la dégradation scolaire s'ajoutera à la dégradation économique", poursuit la fédération.

Faire mieux avec moins

Face aux critiques, le gouvernement avance plusieurs arguments : l'indispensable réduction des dépenses publiques, la modernisation de l'école et le fait que le système scolaire compte "35.000 professeurs de plus et 500.000 élèves de moins" qu'en 1990.

"L'opposition n'a toujours pas compris qu'un Etat qui traverse une crise économique internationale sans précédent depuis 1945, ne peut pas continuer à vivre à crédit et à sacrifier les générations futures", a commenté lundi le ministre. "Les socialistes, aveuglés par leur démagogie, semblent ignorer les contraintes de nos finances publiques", ajoute-t-il.

"En matière d'éducation, le gouvernement fait au contraire le choix de la responsabilité et de l'innovation au service de l'efficacité : moins d'enseignants, mais des enseignants mieux rémunérés qui accompagnent chaque élève dans son parcours", assure M. Chatel. "Notre vision de l'école est avant tout qualitative quand celle des socialistes est purement quantitative. Pour leurs enfants, ce qu'attendent les Français ce n'est pas toujours plus mais toujours mieux", conclut-il.

Le détail des suppressions

29 des 30 académies du pays vont perdre des postes d'enseignants à la rentrée 2012, selon les syndicats, le ministère de l'Education n'ayant pas communiqué sur la répartition des suppressions. Seule la Guyane sera épargnée. De nombreuses académies vont pourtant, dans le même temps connaître une hausse des effectifs d'élèves, surtout en collèges mais aussi en primaire.

Pour les écoles, les académies qui perdront le plus de postes, en valeur absolue, sont Lille (399 suppressions), Nancy-Metz (367), Versailles (260), Amiens (235), Créteil (233), Toulouse (227) et Aix-Marseille (219).

En collèges et lycées, ce sera Lille (589), Versailles (495), Nancy-Metz (425), Créteil (362), Aix-Marseille (285), Lyon (263) et Grenoble (260)).