Paris, championne de la ségrégation au lycée

Dans une étude, commandée par la région Ile-de-France, trois économistes dénoncent l’entre-soi dans les lycées parisiens. Mais depuis 2008, l’académie a fait des progrès en favorisant notamment les élèves boursiers.

(© MaxPPP /Le lycée Henri IV, un des plus prestigieux de France.)

Alors que 400 000 collégiens admis en 2de générale découvrent leur lycée d’affectation, une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP) désigne l’Ile-de-France, et plus particulièrement la capitale, comme championne de la ségrégation sociale.

 

Si la question ne se pose pas en milieu rural, l’affectation en lycée est un véritable sujet d’angoisse pour les parisiens. A Paris, un élève doit avoir un bon dossier pour être accepté dans un lycée réputé. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres départements où l’adresse demeure le premier critère de sélection. Julien Grenet, l’un des auteurs de l’étude, explique que ce mode de sélection favorise la ségrégation sociale. "Il y a une corrélation entre l’origine sociale et les résultats en 3e" , explique-t-il.

Depuis 2008, Paris a réduit d’un tiers la ségrégation dans ses lycées 

En 2008, le logiciel Affelnet a été introduit dans les trente académies du pays. Si la capitale a choisi de sélectionner les élèves en fonction de leurs résultats, Paris a également instauré un bonus pour les boursiers. Un bonus qui permet aux élèves les plus défavorisés d’accéder aux meilleurs établissements.

 

En clair, l’affection en lycée s’effectue à partir de points. Plus un élève a de points, plus il est susceptible d’intégrer un établissement prestigieux. Le "bonus bourse" a été établi à 200 points, avant d’être revalorisé à 300 points en 2009. Le nombre de point que peut obtenir un bon élève a, lui, été plafonné de 700 à 600.

Des lycées plus polyvalents et plus accessibles

Grâce à ce bonus, la capitale a réduit d’un tiers la ségrégation dans ses établissements. "Si on prend les 25% des meilleurs lycées parisiens, la proportion des boursiers était à peu près de 5% en 2004. Elle est passée à 13% en 2012. A l’inverse, dans les lycées du quart inférieur, on est passé d’à peu près 25% de boursiers à 19%."  Mais, "il y a toujours une ségrégation élevée qui est en partie dûe au barème utilisé à Paris" , ajoute-t-il.

 

La région Ile-de-France qui a commandé cette étude s’inquiète de la ségrégation persistante, elle devrait en tirer quelques conséquences pour ses lycées en les rendant, par exemple, plus polyvalents et plus accessibles aux élèves.

 

Eric Maurin, chercheur à l’Ecole d’économie de Paris, propose également aux lycées "d’équilibrer leurs classes volontairement, en répartissant les bons élèves dans des classes différentes".