VIDEO. "C'est absolument discriminant" : un étudiant tchadien dénonce la hausse des frais de scolarité pour les étrangers

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé lundi l'augmentation des frais de scolarité à l'université pour les nouveaux étudiants non-européens dès la rentrée prochaine. Une mesure profondément injuste juge Brahim Mourtalah Bechir, étudiant en droit à Nantes.

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Il s'indigne contre une décision qu'il juge discriminante et injuste. Brahim Mourtalah Bechir, 26 ans, est tchadien. Après des études secondaires au Tchad et une licence au Sénégal, le jeune homme est venu poursuivre ses études en France – un rêve qu'il avait en tête "depuis l'enfance". L'étudiant, qui a suivi un master de droit à Nantes (Loire-Atlantique), dénonce une mesure annoncée par le Premier ministre, Edouard Philippe, lundi 19 novembre. Dès la rentrée 2019, les frais de scolarité vont drastiquement augmenter pour les nouveaux étudiants non-européens. 

Ces derniers devront désormais payer la somme de 2 770 euros en licence, contre 170 euros à l'heure actuelle. En master et doctorat, les frais de scolarité s'élèveront à 3 770 euros, soit presque 10 fois plus que les 243 à 380 euros actuels. De nouveaux frais qui représentent, d'après Edouard Philippe, "un tiers du coût réel" de la formation d'un étudiant étranger pour l'Etat. 

L'objectif du gouvernement est clair. Faire payer plus aux étudiants étrangers "fortunés" permettra, pour Edouard Philippe, de financer davantage de bourses pour d'autres étudiants non-européens, et de les accueillir dans de meilleures conditions. L'Etat a ainsi pour ambition de porter à 500 000 le nombre d'étudiants étrangers en France avant 2027, contre quelque 300 000 aujourd'hui. Et il compte offrir des bourses, ou des exonérations de droits d'inscriptions à "15 000 étudiants dans les mois qui viennent", notamment des jeunes venus de pays en développement.

"Vous n'avez pas le droit de réaliser votre rêve"

Mais pour Brahim, la mesure pourrait empêcher de nombreux étudiants modestes, comme lui, de venir étudier dans un établissement français. "Avec cette décision, il est clair que beaucoup d’étudiants, surtout africains mais pas qu’africains, sont interdits de venir étudier en France", condamne-t-il. S'il avait dû payer 3 770 euros par an pour son master, Brahim n'aurait jamais pu réaliser son projet. L'étudiant, venant d'un pays francophone, a aussi choisi la France car ses frais de scolarité sont accessibles. 

Si je dois payer 3 770 euros, il faut que j’économise environ 380 euros par mois sur 10 mois. Pour quelqu’un qui gagne ce que je gagne en travaillant, je vous promets que c’est juste impossible en fait.

Brahim Mourtalah Bechir

à franceinfo

Le jeune homme a en effet travaillé chez McDonald's pendant ses études, "en gagnant environ 500 euros pour pouvoir payer mon loyer, et tout ce qui va avec". S'il avait dû économiser 380 euros tous les mois, il n'aurait plus eu que 120 euros pour vivre. Une équation impossible. "Tous ces étudiants pauvres, on leur dit : 'Désormais, vous n’avez pas le droit de réaliser votre rêve, vous ne pouvez pas construire votre avenir'", s'indigne le Tchadien, qui souhaite poursuivre un doctorat pour enseigner le droit à Nantes. Pour ce dernier, une fois la mesure entrée en vigueur, les études en France ne seront qu'un "luxe" pour les étudiants étrangers. 

Des étudiants devant la Cité internationale universitaire de Paris, qui accueille des étudiants étrangers, le 19 novembre 2018. 
Des étudiants devant la Cité internationale universitaire de Paris, qui accueille des étudiants étrangers, le 19 novembre 2018.  (SERGE ATTAL / ONLY FRANCE)