VIDEO. "Cela va créer des inégalités profondes" : des professeurs de lycée dénoncent la réforme du bac

Une grosse journée de mobilisation a lieu jeudi à l'appel des syndicats de professeurs et de lycéens. Des enseignants nous expliquent pourquoi ils s'opposent à la réforme du bac proposée par Jean-Michel Blanquer.

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"C’est une réforme qui va déclencher une mise en concurrence des établissements", s'alarme Antonin Canet, professeur d'histoire-géographie au lycée Victor-Hugo de Gaillac, dans le Tarn. La réforme du lycée lancée par le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, ne convainc pas les enseignants qui ont décidé de manifester jeudi 24 janvier, aux côtés des lycéens, à l'appel des syndicats

"Une orientation encore plus précoce"

Car la réforme du baccalauréat entraîne la suppression des séries de la voie générale, L, S et ES, remplacées par un choix de spécialités, 12 au total, à sélectionner en fin de seconde. Ces professeurs craignent une orientation anticipée et difficile pour leurs élèves. "C’est une orientation encore plus précoce qu'aujourd'hui, affirme Florence Bonnevialle, professeure d'espagnol au lycée Victor-Hugo de Colomiers, en Haute-Garonne. Pourquoi ? Parce qu’il va falloir qu’ils choisissent trois enseignements de spécialité pour la première, mais à la fin de la première, il faudra qu’ils abandonnent une de ces spécialités."

Dès 15 ans, il faut qu’ils se projettent.

Florence Bonnevialle, enseignante à Colomiers

à franceinfo

Hélène Virollaud, professeure de mathématiques à Nancy, abonde dans le même sens : "On les entend nous dire : 'Ça veut dire que quand on va rentrer en seconde, il faut qu’on ait déjà une idée de ce que l’on va faire plus tard ?' Ils se disent par exemple, 'si je veux faire journalisme, qu’est-ce que je choisis ?'" Et les réponses ne sont pas évidentes. "J'ai proposé à cet élève la spécialité 'Histoire et sciences politiques', ça me semble adapté pour du journalisme. Mais en fait, je ne connais pas vraiment le programme", poursuit cette représentante du syndicat Snes.

Des spécialités absentes de certains lycées

Les trois professeurs s'accordent sur un point : cette réforme creusera les inégalités entre les lycées. D'abord, "les 12 spécialités ne seront pas ouvertes dans tous les établissements, rappelle Florence Bonnevialle. On pense que cette réforme va créer des inégalités profondes sur le territoire." Cela devrait produire un déséquilibre entre les gros établissements et ceux des zones moins denses, qui proposeront moins de spécialités. Car l'ouverture de celles-ci dépend aussi des demandes.

"Il y a deux lycées dans le secteur, et il y a clairement une volonté affichée de séparer les deux lycées avec des sortes 'd’identités' différentes", pointe Antonin Canet. Le lycée de Lavaur, à une trentaine de kilomètres de Gaillac, propose ainsi des spécialités comme "sciences de l'ingénieur", qui ne seront pas présentes dans le lycée où enseigne Antonin Canet. Les élèves devront donc choisir leur établissement en fonction des spécialités, quitte à étudier loin de leur ville de résidence.

Le contrôle continu est aussi critiqué par ces professeurs. Les bulletins scolaires de première et de terminale compteront pour 10% du résultat final, et des examens de type bac blanc (deux en première et un en terminale) pour 30%. "Vous êtes d’un lycée des quartiers nord de Marseille, vous êtes d’un lycée d’une ZEP, techniquement, votre bac ce n’est plus un bac national, c’est un bac qui est fléché de tel lycée, s'inquiète Antonin Canet. Vu que tout l’enseignement supérieur est devenu sélectif, ce poids-là déclenche automatiquement une fermeture des portes, pour un certain nombre d’élèves, pour l’accès à l’université."

Manifestation contre les réformes du bac le 12 novembre 2018 à Paris
Manifestation contre les réformes du bac le 12 novembre 2018 à Paris (DENIS MEYER / HANS LUCAS)