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Non, des lycéens n'ont pas de nouveau été contraints de s'agenouiller avec les mains sur la tête

Une photo publiée sur Facebook montre des lycéens de Montpellier à genoux, les mains sur la tête, devant une rangée de membres des forces de l'ordre. Mais la situation se révèle bien différente de celle de Mantes-la-Jolie il y a un an. Explications. 

Article rédigé par Victor Matet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min
Un post Facebook montrant des étudiants à genoux devant des CRS. (CAPTURE ECRAN FACEBOOK)

"Notre pays est rentré en dictature". Voilà l'un des commentaires qui accompagnent une photo publiée vendredi 6 décembre au matin sur Facebook. Partagée 13 000 fois à partir d'un seul profil, elle montre des lycéens, manteaux et sac sur le dos, à genoux et les mains sur la tête devant une ligne de forces de l'ordre casqués.

Un post Facebook montrant des étudiants à genoux devant des CRS. (CAPTURE ECRAN FACEBOOK)

L'image fait directement écho à la vidéo de l'arrestation de 151 jeunes de 12 à 21 ans à Mantes-la-Jolie il y a pile un an, le 6 décembre 2018. La vidéo avait créé la polémique et suscité l'émoi d'une grande partie de la classe politique. Ces adolescents avaient été contraints de se mettre à genoux et de placer leurs mains sur la tête. Exactement comme sur la photo prise à Montpellier. Mais la Cellule Vrai du Faux vous explique pourquoi ces deux situations sont différentes.

"Nous n'avons pas été contraints"

"Cette photo, je l'ai prise ce matin à Montpellier, assure dans un post peu avant 18 heures le 6 décembre le compte de Viktorija Davis Suyin. Je fais ce post pour prévenir les fake news, car je vois tourner des publications prétendant que les policiers ont forcé les lycéens à se mettre dans cette position. En réalité, nous nous sommes mis comme ça devant eux pour rappeler ce qu'il s'est passé à Mantes-La-Jolie il y a un an. Vous pouvez voir devant des lycéens debout parler avec les CRS."

Un post Facebook dénonçant une image détournée et rapportant le contexte de la prise de vue. (CAPTURE ECRAN FACEBOOK)

Contactée par franceinfo, la jeune femme de 20 ans confirme avoir pris cette photo. Militante dans une organisation d'extrême-gauche, elle assure être venue devant le lycée Jules Guesde qui se trouve près de chez elle à titre personnel, car elle avait entendu parler d'une opération de blocage. "Nous n'avons pas été contraints, précise-t-elle à France Info. Nous nous sommes mis comme ça en soutien aux lycéens de Mantes-La-Jolie par rapport à ce qui s'est passé l'an dernier."

Une autre photo sur un site d'information militant 

"Les lycéens se sont mis à genoux en soutien à leurs camarades de Mantes-La-Jolie", dit également le site du journal Le Poing, qui a publié une photo de la même scène, prise sur le côté, où l'on voit une jeune fille prendre des photos près des personnes à genoux. Cette photo a été envoyée à l'équipe du site, mais un de leurs membres était bien présent sur place. Le Poing, qui couvre les luttes sociales à Montpellier et se présente comme faisant la promotion des idées révolutionnaires et anticapitalistes ajoute : "En effet cette photo avait mis le doute. Nous avons fait la précision en commentaire pour clarifier notre propos".

Le bureau de la vie scolaire du lycée Jules Guesde de Montpellier confirme également qu'il s'agissait d'un "happening" et non pas d'une action contrainte de la part des forces de l'ordre. Mais croit savoir que des affrontements ont ensuite eu lieu dans la rue, sans pouvoir indiquer si des élèves de l'établissement y étaient mêlés.

Des violences en marge du blocage

Le journal Jeunesse Jamais ne cède, qui se présente sur Facebook comme un journal étudiant engagé crée par les lycéens de Montpellier notamment mobilisés contre la loi ORE, a publié le 6 décembre au soir un long texte. On peut y lire que "vendredi 6 décembre, aux alentours de 7h15, une quinzaine de lycéens se sont mobilisés devant le lycée Jules Guesde afin de mener une action de blocage. Action qui avait pour but d'alerter le gouvernement sur la précarité étudiante et sur les diverses réformes pénalisantes pour les lycéens, étudiants et professeurs."

Le texte détaille le déroulé du blocage et parle de charges. Notamment de la deuxième, " beaucoup plus violente avec usage de boucliers, coups de pieds et matraques. Un élève recevra un coup au niveau de la jambe l'obligeant à se rendre au sein du lycée pour recevoir des soins. Un surveillant recevra lui un coup de matraque comme cela sera le cas pour plusieurs élèves présents. Enfin, une lycéenne se verra renversée par les forces de l'ordre, provoquant sa chute depuis une benne. Cette charge qui n'a fait que des blessés légers aurait pu avoir des conséquences bien plus dramatiques."

Vidéo à l'appui, Le Poing parle de son côté d"intense répression". Quant à Viktorija Davis Suyin, elle affirme : "Oui il y a eu des violences avant, les policiers qui poussaient très violemment les mineurs, et nous avons été coursés le long de la rue, ça a donné une émeute." Et conclut à propos de sa photo : "Même si je ne défends pas la police, les fake news m’énervent."

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