Loi Travail : "Le gouvernement a oublié les jeunes" selon des étudiants de Tolbiac

C'est la première journée de manifestation contre la loi travail de Myriam El Khomri. Les étudiants se préparent à un mouvement d'ampleur. Des assemblées générales ont déjà eu lieu à Toulouse, Rennes, ou Grenoble. Céclia Quilleret s'est rendue à l'université Paris 1 Tolbiac,

(Des étudiants de l'université Paris 1 Tolbiac se préparent pour la manifestation de ce 9 mars contre la loi travail © Célia Quilleret / RF)

Au neuvième étage de la tour de la fac Tolbiac, cet immeuble en béton où Manuel Valls a étudié au début des années 1980 – il était d'ailleurs militant à l'UNEF, les locaux syndicaux s'animent depuis lundi. Il y a du brouhaha, une odeur de marqueur, les étudiants préparent leurs affiches et peaufinent leurs arguments.

(Les militants préparent depuis lundi la manifestation de ce mercredi 9 mars © Célia Quilleret /RF)

 

Margaux a 21 ans. Cette étudiante en histoire, comme le Premier ministre à l'époque, dénonce un cruel retour en arrière : "En fait on décortique complétement le Code du travail. Actuellement, on est quand même protégé et le Code du travail prévaut sur les accords d'entreprise. Là, il y a une inversion de la hiérarchie des normes, donc on n'a plus de droits minimums qui sont garantis par cette réforme. Il  y a aussi l'idée de pouvoir travailler jusqu'à 46 heures par semaine, donc 12 heures par semaine… Me dire que ma vie future va ressembler à ça, ça ne me réjouit pas… "

Tolbiac prépare la lutte contre la loi travail - reportage de Célia Quilleret
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Des licenciements plus faciles, des indemnités prud'homales plafonnées. Pour Alexandre, ce projet est pire encore que le contrat première embauche (CPE), voulu par Dominique de Villepin en 2006 :

"C'est le CPE, mais toute la vie. On peut être jetable n'importe quand, pour n'importe quoi. Surtout, si ça ne leur côte rien aux grands patrons, qu'est ce qui les empêche de nous licencier quand ils veulent ? La prochaine étape ce sera quoi ? Le retrait des retraites ? Des indemnités chômage? "

Pour ces étudiants, qui votent depuis 2012, et qui pour certains y ont cru, c'est la réforme de trop, la goutte d'eau. Cette fois, le divorce semble consommé entre la gauche et une partie de la jeunesse.  "Le gouvernement a complètement oublié la gauche, et surtout les jeunes ; dans le programme de 2012 de François Hollande, il promettait l'allocation d'autonomie, qui était l'aide universelle pour tous les étudiants, mais on n'en n'a jamais entendu parler ", déplore Léo.

Et à Tolbiac, il n'y a pas que l'UNEF, loin de là. Elsa milite pour "Solidaires", elle rêve déjà d'un grand mouvement social contre ce texte, comme il y a 10 ans : "Le CPE, c'est quand même le grand mouvement étudiant, où 60 facs dans toute la France ont été bloquées pendant plus de 10 semaine, qui ont amené le gouvernement à reculer sur ce projet-là. Pour l'instant, on a des échos assez importants. L'enjeu, c'est que ça dépasse le cadre des organisations syndicales et politiques ."

 

A Paris 1 Tolbiac, une assemblée générale est prévue ce matin avant la manifestation à 14 heures. Ces étudiants n'excluent pas des grèves ou des blocages. Ce temple de la contestation est prêt pour un nouveau mouvement.