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La Marine recrute : une journée à bord de la frégate Jean Bart

Les épreuves du bac se terminent et déjà, la Marine recrute : Célia Quilleret a embarqué sur la frégate Jean Bart, revenue d’une mission de trois mois en Syrie. A son bord, des jeunes marins motivé par un fort élan patriotique post-attentats.
Article rédigé par Célia Quilleret
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
  (Tirs de missile, surveillance sous-marine, détection de torpilles : toute la journée, les marins enchaînent les exercices entre Toulon, la Corse et le Golfe du Lion © Célia Quilleret / Radio France)

Alors que les épreuves du bac se terminent aujourd'hui, la Marine nationale recrute déjà ! Et elle a besoin de jeunes bacheliers prêts à s'engager. En tout, elle doit recruter 3 500 hommes et femmes en 2016, c'est 500 de plus que les autres années. Nous partons à bord de la frégate de défense aérienne Jean Bart au large de Toulon : le bâtiment militaire revient d'une mission de trois mois en Méditerranée près de la Syrie. Pour les jeunes présents à bord, l'élan patriotique est très fort après les attentats et la Marine espère profiter de cet engouement pour continuer son recrutement.

Charly prépare 200 baguettes par jour

6h : le jour se lève, le Jean Bart quitte la rade de Toulon. Ce n'est pas encore le branlebas de combat, mais le matelot Charly, une vingtaine d'années, prépare le pain pour 240 marins dans un local particulièrement exigu. "Ce matin nous avions des pains au chocolat, demain nous aurons un dessert, un fondant au chocolat…et chaque jour, nous fabriquons quelque 200 baguettes ", explique-t-il. Par force 6, la mer Méditerranée est très agitée mais le bateau part quand même : "C’est très mouvementé aujourd’hui. Regardez, là j’ai d’ailleurs dû caler mon échelle, pour que rien ne bouge. Si je ne ferme pas, tout tombe ! " Charly a le sentiment de vivre une vie un peu à part : "J’ai visité douze à quinze pays différents, c’est une expérience formidable, vraiment différente de la vie civile ".

  (Tony a été formé à l'école de Maistrance à Brest, il est sur cette frégate pour trois ans © Célia Quilleret / Radio France)

Les yeux et les oreilles de l’état-major

Cette frégate de défense aérienne revient d'une mission au large de la Syrie, que détaille Axel, commissaire sur ce bateau : "Nous revenons d’une mission en Méditerranée orientale, où nous avons passé trois mois. Il s’agit d’un rôle de surveillance et de renseignements, particulièrement utile pour notre état-major parisien de disposer d’un maximum d’opérations sur une zone où il mène un certain nombre d’opérations, notamment contre Daech.

Dans la matinée, malgré la houle, la salle des mécaniciens s'anime, Tony sort d'un bac professionnel de marine à Paris, il était déjà sur le Mistral l'année du bac, il a ensuite été formé à l'école de Maistrance à Brest, il est sur cette frégate pour trois ans. "La mer n’est pas très belle mais on s’habitue ! Nous ne sommes pas directement devant l’ennemi avec les armes. Notre mission, c’est de renseigner pour que derrière, ils puissent s’assurer que tout se passe normalement. "

Diane, seule femme au milieu de 240 marins

Sur la passerelle, Diane supporte très bien cette mer agitée. Cette chef de quart, officier en charge de la navigation, est la seule femme parmi 240 marins. Elle témoigne : "J’ai eu l’occasion de faire deux missions sur l’Océan indien. Une sur le Charles de Gaulle, une sur le Jean Bart, dont l’opération Chammal au début de l’année dernière lorsque nous nous sommes engagés aux côtés des Irakiens. Nous sommes partis en une semaine, pour combattre avec les Américains pendant plusieurs mois, alors qu’ils bombardaient l’Irak et la Syrie."  

  (La Marine a besoin de recruter 3500 jeunes par an, 500 de plus qu'avant 2015 © Célia Quilleret / Radio France)

Sur sa place de femme, dans un monde homme, l’officier relativise : "Tous les bateaux sont féminisés, maintenant. Il n’y a aucune raison d’avoir une anxiété particulière. Après, c’est aux femmes de se positionner pour qu’il ne se passe rien derrière, parce que parfois, cela peut effectivement créer quelques conflits… "

La marine recrute… et forme

Tirs de missile, surveillance sous-marine, détection de torpilles : toute la journée, les marins enchaînent les exercices entre Toulon, la Corse et le Golfe du Lion. La marine recrute, elle forme aussi, ce jeune de 25 ans a même le projet d'apprendre l'arabe : "La plupart des conflits se déroulent au Moyen-Orient, croit savoir le jeune marin, alors l’arabe commence à devenir important. J’aimerais donc devenir un grand traducteur. "

3 500 marins recrutés ont le bac

La Marine a besoin de recruter 3 500 jeunes par an, 500 de plus qu'avant 2015. Le capitaine de vaisseau Xavier Royer de Véricourt est responsable du recrutement à la Marine nationale : l’homme constate que les attentats ont suscité une envie de s'engager. Lui cherche des informaticiens, des électroniciens ou des techniciens aéronautiques. "L’immense majorité des 3 500 marins que nous recrutons ont le bac , détaille-t-il. Comme la technicité des bateaux évolue, nous avons besoin de recrues adaptables, débrouillards, suffisamment jeunes pour partir en opération ."

  (Le bâtiment militaire revient d'une mission de trois mois en Méditerranée près de la Syrie © Célia Quilleret / Radio France)

En vingt ans, les choses ont changées, selon lui : "Nous étions auparavant dans une logique de déflation d’effectifs. Nous recrutions quelque 3 000 personnes… Entre temps, les effectifs ont été stabilisés, nous avons donc été obligés de recruter un peu plus. " Ce sentiment d'utilité est encore plus fort depuis le 13 novembre. Olivier de Saint-Julien est le commandant de la frégate, toujours sur le qui-vive. Il n'oublie jamais d'expliquer à ses hommes le sens de leur mission : "Au briefing du soir, nous faisons des points d’actualité géopolitique pour que chaque marin comprenne l’environnement dans lequel il est engagé et qu’il puisse expliquer au sien à son retour de mission ce qu’il a fait, et dans quel contexte il a pu le réaliser ".

Au service de la France 

Le commandement minimise cependant la nouveauté de l’engouement patriotique : "Ce sursaut patriotique, les marins l’ont depuis longtemps, puisque par définition, ils sont au service de leur pays. Certains jeunes ont effectivement voulu s’engager après les attentats, mais chez les plus anciens, cela n’a pas changé grand-chose : leur motivation pour leur métier reste intacte ".

Ce besoin de sens est d'autant plus nécessaire que les marins sont loin de chez eux pendant des mois pour le commandant "il n'y a pas de Marine sans famille de marins ", cet équilibre est toujours fragile.

►►► La Marine recrute : toutes les informations sur le site de la Marine nationale

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