Mort d'un élève à Saint-Cyr en 2012 : un colonel appelle à la fin du "bahutage" alors que s'ouvre le procès

Jacques Bessy, président de l'Association de défense des droits des militaires, dénonce le bizutage. "Lorsqu'une tradition n'est plus adaptée au contexte social, on doit l'abandonner", estime-t-il sur franceinfo. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le frère de la victime au procès de sept militaires poursuivis pour "homicide involontaire", le 23 novembre 2020.  (LOIC VENANCE / AFP)

Saint-Cyr doit "abandonner" ces activités de "bizutage" qui "ne servent à rien dans la progression, dans la formation des officiers et qui conduisent malheureusement à des décès, comme dans le cas de Jallal Hami", a estimé le colonel Jacques Bessy lundi 23 novembre sur franceinfo, alors que s'ouvre ce lundi le procès de sept militaires devant le tribunal correctionnel de Rennes pour "homicide involontaire", huit ans après la noyade du sous-lieutenant Jallal Hami, 24 ans, lors d'une soirée d'intégration à l'école de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan). L'étudiant s'était noyé dans la nuit du 29 au 30 octobre 2012, en traversant un étang lors d'une soirée de "bahutage", c'est-à-dire "de transmission des traditions de l'école". "A Saint-Cyr, on n'a jamais réfléchi sur la finalité des traditions", a regretté Jacques Bessy, président de l'Association de défense des droits des militaires, qui s'est constituée partie civile.

franceinfo : Qu'attendez-vous de ce procès ?

Jacques Bessy : J'attends bien sûr que les responsabilités soient bien déterminées par le tribunal, après une très longue attente de huit ans. Certainement que la juridiction spécialisée a été un peu embarrassée d'avoir à convoquer des officiers, d'avoir à convoquer un général et des officiers supérieurs de l'encadrement. Donc, on a perdu beaucoup de temps dans cette affaire.

Ce mot de "bahutage", pour vous, c'est un bizutage qui ne dit pas son nom à Saint-Cyr ?

Oui, exactement. Il faut, certes, des traditions. C'est très important dans toute institution civile, militaire, publique ou privée. Il y a, dans la justice, des rentrées solennelles, des prestations de serment, dans l'armée, il y a des prises d'armes, etc. Donc, c'est très important, les traditions. Sauf qu'à Saint-Cyr, on n'a jamais réfléchi sur la finalité des traditions. Moi-même, il y a 52 ans, en 1968, j'ai connu ce type de bizutage. Mais ces traditions, elles doivent évoluer en fonction d'un certain nombre de critères sociaux. Lorsqu'une tradition n'est plus adaptée au contexte social, on doit l'abandonner. Et les traditions ne doivent jamais porter atteinte à l'intégrité physique et à l'intégrité morale de ceux qui sont concernés par la transmission de ces traditions.

Il y avait déjà eu des débordements à l'époque où vous étiez élève ?

Oui, j'ai connu un soir où on a amené la promotion dans le sud du camp, on ne connaissait pas du tout la topographie des lieux, il n'y avait pas d'assistance médicale, et un élève a fait un malaise. Il a été sauvé par un camarade qui lui a fait un massage cardiaque. Donc, il y aurait pu, à cette époque déjà, avoir un décès accidentel par manque d'encadrement, par manque de soutien médical, par manque de mesures de sécurité. Donc, ce n'est pas nouveau. Il y a désormais dans les entreprises et dans les institutions des déontologues. A-t-on réfléchi sur la finalité de ces transmissions de traditions ? On accepte que nos enfants se fassent tuer en Afghanistan ou au Sahel, mais les conditions dans lesquelles est intervenue la mort de Jallal Hami ne sont pas acceptables, ce n'est pas tolérable.

Les choses ont-elles commencé à changer depuis la mort de Jallal Hami ?

On ne le sait pas parce que l'armée n'a pas communiqué, Saint-Cyr n'a pas communiqué, la Saint-Cyrienne [l'association d'élèves et d'anciens élèves de Saint-Cyr] n'en parle pas. Donc, on ne sait pas ce qui se passe et c'est tout à fait regrettable. Les citoyens français, qui ont besoin de l'armée, qui ont besoin d'être défendus, doivent savoir ce qui se passe dans une école d'officiers comme Saint-Cyr. A-t-on entendu parler d'activités de bizutage à l'Ecole nationale de la magistrature, à l'Ecole nationale d'administration ou à Polytechnique ? Jamais il n'y a eu de problèmes de cet ordre-là. Donc, il faut que Saint-Cyr rentre dans le rang et explique ce qui a été fait pour éliminer ces activités qui ne servent à rien dans la progression, dans la formation des officiers et qui conduisent malheureusement à des décès, comme dans le cas de Jallal Hami.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.