Contre le racisme à l'école : une enfant cachée pendant la Seconde Guerre mondiale témoigne

A l'occasion de la semaine de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, les enseignants de plusieurs établissements de Nanterre ont invité une ancienne enfant cachée pendant la Seconde Guerre mondiale. Un témoignage très fort en faveur du respect et de l'égalité.

(Affiche de l'exposition "L'enfant et la Shoah" dédiée aux enfants cachés, de l'association Yad Layeled © DR)

Comment parler en classe d'intolérance, de racisme, d'antisémitisme, de lutte contre les discriminations ? A Nanterre, en région parisienne, les enseignants de plusieurs établissements travaillent sur ces thèmes depuis trois ans pour leurs élèves de CM2 et de troisième. A l'occasion de la semaine de lutte contre le racisme et l'antisémitisme qui a lieu dans toutes les académies, ils ont invité mercredi une ancienne enfant cachée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Célia Quilleret a assisté au témoignage de Mireille Marachin, enfant cachée pendant la seconde guerre mondiale, devant les élèves de Nanterre, reportage
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Mireille Marachin est debout, au micro, devant plusieurs classes de CM2 et quelques élèves de troisième du collège Paul Eluard. A bientôt 80 ans, elle n'a pas perdu sa vivacité. Elle raconte son enfance pendant la guerre, l'exode de sa famille de Paris à Pau, puis sa vie cachée dans le Béarn, d'abord dans un orphelinat de bonnes soeurs, puis dans une famille de paysans, des Justes qui seront décorés plus tard pour l'avoir protégée.

L'expérience difficile de la "non-liberté"

Les élèves écoutent, ils connaissent son histoire grâce à une exposition dédiée aux enfants cachés de l'association Yad Layeled, L'enfant et la Shoah . Mireille Marachin est en effet exposée en photo, enfant, sur une affiche. Son témoignage est assez court, mais il est percutant. "J'ai été profondément marquée par la non-liberté que j'avais pendant la guerre ", insiste-t-elle. Cette ancienne enfant cachée raconte qu'elle a changé de nom deux fois, pour ne pas être reconnue.

Dans son orphelinat, la mère supérieure lui a demandé de se baptiser. Elle a refusé et a été contrainte de partir. Les élèves comprennent très bien le message. "On a le droit d'être ce qu'on veut, on n'est pas obligé d'être chrétien, catholique ou protestant, on peut être juif ou ce qu'on veut, il ne faut pas se moquer des autres ", s'exclame Alix, en CM2.

"Pas de petit racisme"

Le directeur de l'école Gorki à Nanterre, Alban Moreau, travaille sur cette mémoire depuis trois ans. Pour lui, ce témoignage est fort car il incarne l'Histoire. Et même si les élèves connaissent les concepts de racisme et d'antisémitisme, ils réalisent ainsi qu'il "n'y a pas de petit racisme ". "C'est très utile ", témoigne-t-il. Et pour les élèves de troisième présents dans la salle, comme Amel et Ibtissen, ce message résonne avec l'actualité. "A Charlie Hebdo, ils ont fait une caricature qui n'a pas plu à certaines personnes , se révolte Ibtissen, mais ce n'est pas une raison pour les tuer ". Et d'ajouter, "si on ne lutte pas contre cela, ça va rester, et il y aura de plus en plus de guerres ".

De leur côté, les enseignants rappellent l'article 9 de la Charte de la laïcité qui est apposée dans tous les établissements scolaires. Elle rejette toutes les violences et toutes les discriminations, au nom de la laïcité. Pour eux, c'est indispensable. D'ailleurs, dans ce collège de zone d'éducation prioritaire de Nanterre, il n'y a pas eu d'incident après les attentats de janvier.