"Cherche prof de français" : des parents passent une annonce sur Le Bon Coin pour trouver un remplaçant

Ces parents d'élèves de la FCPE veulent recruter un professeur de français pour quatre classes d'un collège de Meximieux (Ain). Leur précédent enseignant est parti à la retraite.

L\'annonce déposée par des parents d\'élèves d\'un collège de Meximieux (Ain), le 4 avril 2014, sur le site Le Bon Coin.
L'annonce déposée par des parents d'élèves d'un collège de Meximieux (Ain), le 4 avril 2014, sur le site Le Bon Coin. (LE BON COIN / FRANCETV INFO)

"Le collège Vaugelas, situé sur la commune de Meximieux, recherche activement un professeur (H/F) de français pour un remplacement immédiat suite à un départ à la retraite." Des parents d'élèves d'un collège de Meximieux (Ain) ont déposé, le 4 avril sur le site Le Bon Coin, une petite annonce pour recruter un professeur de français.

La FCPE, une association de parents d'élèves, a confirmé mercredi cette information de la presse locale.

L\'annonce déposée par des parents d\'élèves d\'un collège de Meximieux (Ain), le 4 avril 2014, sur le site Le Bon Coin.
L'annonce déposée par des parents d'élèves d'un collège de Meximieux (Ain), le 4 avril 2014, sur le site Le Bon Coin. (LE BON COIN / FRANCETV INFO)

Alors que la presse se fait régulièrement l'écho de ces annonces, francetv info revient sur les questions que posent ce phénomène, marginal, mais de moins en moins étonnant. 

Comment les parents en arrivent-ils là ? 

A Meximieux, une classe de 4e et trois classes de 6e de ce collège de 900 élèves sont privées de cours de français, depuis le 1er avril, à la suite du départ en retraite de leur professeur. "Le rectorat nous a annoncé qu'il n'y avait pas de remplaçant disponible avant la fin de l'année", a expliqué Didier Baptiste, le responsable FCPE de l'établissement. "Ce qui nous a choqués, c'est que ce départ en retraite était prévu depuis le début de l'année et qu'il n'a pas été anticipé, alors qu'il s'agit d'un enseignement particulièrement important", a-t-il ajouté.

De son côté, le rectorat de l'académie de Lyon a indiqué que, bien que le remplacement n'ait pas pu intervenir au 1er avril, "une solution de remplacement est en cours et le problème va être résolu dans très peu de temps". Il a précisé que le départ du professeur avait bien été anticipé. Mais selon lui, le contingent limité de remplaçants ne permet pas toujours d'avoir un enseignant répondant au profil du poste immédiatement disponible, poussant les parents ou les établissements à prendre une telle initiative. 

Comme à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), à près de 600 km de Meximieux. Pas de départ à la retraite cette fois, mais une professeure de français en arrêt, dans un collège. "Au 31 mars, les 140 élèves pris en charge par cette enseignante avaient d’ores et déjà perdu 26 jours de cours", a expliqué l'une des parents d'élèves dans une tribune sur le site du Nouvel Obs, le 3 avril. "Après la tenue d’une réunion exceptionnelle, nous avons pris conscience que si nous ne faisions rien, la situation allait s’éterniser, a-t-elle poursuivi. Faire parler de nous, créer le buzz, était le meilleur moyen de faire bouger la situation."

Est-ce efficace ? 

A Meximieux, "nous commençons à avoir des retours", a indiqué mercredi Didier Baptiste, de la FCPE. Les parents disent avoir été motivés par le succès de l'initiative médiatisée des parents d'élèves de Thouaré-sur-Loire (Loire-Atlantique), en mars 2012. Ils avaient pu présenter quatre postulants au rectorat, pour remplacer un professeur de techno. A Nogent-le-Rotrou, cinq jours après la publication, le rectorat a annoncé l'arrivée d'un prof de français remplaçant à compter du lundi 7 avril, alors que la situation était jusqu'alors bloquée.

En novembre 2013, ce même scénario s'était encore répété à Vigneux-sur-Seine (Essonne), où une annonce postée par les parents avait permis de trouver un prof de technologie en à peine une semaine, selon Essonne Info. Selon le président du conseil local du collège, cité par le site d'informations locales, un premier candidat avait déposé son CV 24 heures après la publication de l’offre, suivi par deux autres. "Le premier postulant, rapidement mis en relation avec l’académie via les parents d’élèves, a retenu l’attention du collège", poursuit le site d'information locale. 

Si ce dernier pointait une pénurie de professeur de technologie dans l'académie de Versailles, les annonces traduisent la diversité des besoins : ainsi, Le Bon Coin a permis au principal d'un collège lorrain, cité par le Huffington Post, de dénicher un professeur d'anglais en 2012, alors que "le rectorat n'avait pas de remplaçant et les annonces passées à Pôle emploi ne donnaient rien".

Est-ce risqué ? 

La plupart de ces annonces précisent qu'il ne s'agit "pas d'un canular". Elles précisent aussi, comme pour celle de Vigneux-sur-Seine, que le candidat doit être motivé, "car ce n'est pas évident d'enseigner à des collégiens". Et demandent, comme bagage minimum, "une licence" soit trois ans d'études dans la matière concernée. Mais attention, c'est toujours le rectorat qui valide ou non le candidat. Ainsi, le ministère de l'Education assurait, dès 2012, que les modes de recrutement alternatifs pouvaient "permettre de sortir de l'impasse", expliquait Europe 1.

Non sans inquiéter les parents : "On sait qu'ils recrutent même des étudiants dont la vocation n'était pas d'enseigner. Cela veut dire que ces derniers vont aller devant les élèves sans formation pédagogique ! Cela n'est pas rassurant", déplorait Dominique Pinck, présidente de l'Association des parents d'élèves de l'enseignement public de Sarreguemines (Moselle), où un prof d'espagnol et un prof d'anglais venaient d'être embauchés, via Pôle emploi. Par ailleurs, il vaut mieux un professeur peu ou pas expérimenté que pas de professeur du tout, note la mère d'élève de Nogent-le-Rotrou : "Cet enseignant, c’est un peu notre sauveur à tous. J’ai cru comprendre qu’il n’avait jamais enseigné et j’espère sincèrement qu’il y arrivera."