"On voulait juste jouer sur un terrain correct" : dans le Tarn, une centaine de footballeuses quittent leur club pour dénoncer des comportements sexistes

S'estimant victimes de discrimination, une centaine de joueuses tarnaises, âgées de 7 à 45 ans, ont quitté leur club. Sanctionnées, elles sont aujourd'hui privées de compétition.

Un ballon de football, lors de la Coupe du monde féminine de football, à Paris, le 6 juin 2019.
Un ballon de football, lors de la Coupe du monde féminine de football, à Paris, le 6 juin 2019. (THIERRY LARRET / MAXPPP)

"On voulait juste des vestiaires propres et pratiquer sur un terrain correct", explique Julie Druard, ancienne footballeuse du FC Saint Sulpice dans le Tarn. Avec une centaine d'autres joueuses, elle se retrouve aujourd'hui privée de compétition. Leur tort ? Avoir changé de club à l'intersaison pour rejoindre un club du canton voisin, parce qu'elles s'estimaient discriminées.

Vestiaire à nettoyer

Ce sont quasiment toutes les joueuses du FC Saint Sulpice qui ont décidé de partir pour montrer leur ras-le-bol. Elles racontent que le minibus du club et les bons terrains étaient réservés aux garçons, que les survêtements féminins ne sont arrivés qu'en fin de saison et qu'il fallait qu'elles nettoient leur vestiaire avant d'y entrer. "Quand on fait un bilan sur l'année, on se rend compte de l'accumulation des différences qui sont faites entre les garçons et les filles", explique Julie Druard, ancienne membre de l'équipe une du club.

Je ne pense pas qu'on ait des exigences qui soient vraiment démesuréesJulie Druardà franceinfo

"Les choses ne pouvant évoluer, on a pris la décision commune de partir. On en a aussi discuté avec les parents, parce qu'il y a aussi les petites sections. On va de 7 à 45 ans", poursuit-elle. Les filles ont trouvé un nouveau club dans le canton voisin du FC Vignoble, un groupement de trois villages autour de Gaillac. Elles y ont été bien reçues et traitées à égalité avec les garçons.

Amendes et matches perdus

La mauvaise nouvelle, c'est que leur départ massif ayant été synonyme de plus de six mutations par équipe dans leur ancien club, elles sont victimes d'un règlement visant à protéger l'amateurisme. Il leur inflige tous les matches perdus sur tapis vert, c'est-à-dire que quel que soit le résultat sur le terrain, elles seront données perdantes par sanction. Pour le président du district de football du Tarn, Raphaël Carrus, il n'y aura pas d'exception.

Je pense qu'il y a des tords des deux côtés.Raphaël Carrus à franceinfo

"Si cette équipe est partie ailleurs, c'est sûrement qu'elle a peut-être des reproches à faire aux dirigeants de là où elles étaient. Mais il y a des règlements, ils sont faits pour être appliqués, explique le président du district, Que voulez-vous que je puisse faire ?". Le nouveau club qui a accueilli les joueuses va également devoir payer des amendes à chaque match, parce qu'il aligne trop de joueuses mutées.

Le reportage franceinfo d'Alain Gastal
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