Le collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques" dénonce "l'omerta terrible" et "l'impunité" de certains spécialistes

Sonia Bisch, fondatrice du collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques", réagit à l'enquête interne diligentée à l'égard d'Émile Daraï, professeur de gynécologie obstétrique, après plusieurs signalements d'anciennes patientes qui dénoncent des violences physiques et verbales.

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Radio France
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L'entrée des urgences de l'hôpital Tenon, à Paris. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Sonia Bisch, fondatrice du collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques" a dénoncé jeudi 23 septembre sur franceinfo "l'omerta terrible" et "l'impunité" de certains spécialistes auteurs de "viols gynécologiques" contre des femmes dont on "n'a pas respecté leur consentement". Le chef du centre endométriose de l'hôpital Tenon à Paris, Émile Daraï, professeur de gynécologie obstétrique, est visé par une enquête interne après plusieurs signalements d'anciennes patientes qui dénoncent des violences physiques et verbales. "Cela fait des années qu'il forme des étudiants" qui "vont banaliser ces violences et vont les reproduire", craint-elle.

franceinfo : Recevez-vous beaucoup de témoignages ?

Sonia Bisch : Oui, on a plus d'une vingtaine de témoignages accablants comme ceux qu'on vient d'entendre. Beaucoup d'étudiantes en médecine qui ont fait leur stage là-bas, beaucoup de victimes également, qui disent que des années plus tard, elles souffrent encore de ce traumatisme, de cette consultation.  Malheureusement, il y a une impunité quasiment totale des violences obstétricales et gynécologiques en France. C'est terrible de le dire, mais ces violences ne sont pas inscrites dans la loi française. C'est la parole d'une patiente, d'une étudiante contre des médecins qui peuvent être très réputés et malheureusement, il y a une omerta terrible. Il y a la confraternité, par exemple, qui empêche de dénoncer ces pratiques. Beaucoup de personnes sont connues comme violentes et ne sont pas dénoncées. On ne croit pas les femmes.

Est-ce un phénomène répandu ?

Malheureusement, nous recevons tous les jours des dizaines de témoignages sur toute la France. Des femmes qui sont détruites parce qu'on n'a pas respecté leur consentement, parce qu'on a fait des actes médicaux douloureux, qu'elles ont dit non et qu'on n'a pas respecté leur consentement alors que c'est dans la loi française de 2002. Il y a obligation pour tous les médecins de demander l'accord avant de faire un examen, un acte. Malheureusement, ça n'est pas toujours respecté.

Est-ce difficile de parler ?

Les étudiantes en médecine se sont mises en difficulté. Elles ont mis des mois avant d'accepter de nous parler, qu'on puisse diffuser leur témoignage parce qu'elles n'ont pas le pouvoir. Malheureusement, il y a des personnes qui font plus de mal que de bien, qui ne font pas que sauver des vies, qui ne sont pas dans la bienveillance. Et en France, nous avons une médecine qui est très technique, qui est très réputée et c'est bien. Mais il faudrait qu'elle soit beaucoup plus bienveillante parce qu'on ne peut pas soigner en méprisant les gens, en faisant des touchers vaginaux douloureux, en méprisant la parole des femmes. C'est impossible de soigner dans ces conditions-là. Il faut vraiment qu'il y ait de la bientraitance. Ce monsieur qui est dénoncé, cela fait des années qu'il forme des étudiants, donc des étudiants qui vont banaliser ces violences qui vont les reproduire. Ce n'est plus possible. Ce que l'on souhaiterait, c'est que les patientes interviennent dans la formation continue, la formation initiale des professionnels de santé, des étudiants, comme au Canada. Un partenariat soignant-soigné. C'est terrible, mais le viol gynécologique, c'est une réalité. Ces femmes, elles sont traumatisées des années. Elles se sentent mal dans leur corps.

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