Injures, violences, stéréotypes… Quatre chiffres qui montrent l'ampleur du sexisme en France

Le Haut Conseil à l'Egalité a publié jeudi un rapport présenté comme le "premier état des lieux du sexisme en France". Et il montre que celui-ci bénéficie encore d'une grande tolérance sociale.

La main d\'une manifestante lors d\'un rassemblement contre le sexisme à Paris, le 29 octobre 2017. 
La main d'une manifestante lors d'un rassemblement contre le sexisme à Paris, le 29 octobre 2017.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Malgré #MeToo, en dépit du mouvement #Balancetonporc, le sexisme bénéficie toujours d'une grande tolérance en France. C'est ce que constate un rapport publié, jeudi 17 janvier, par le Haut Conseil à l'Egalité (HCE). Présentée comme le "premier état des lieux du sexisme en France", l'étude de 134 pages relève l'ampleur des violences et actes sexistes subis par les femmes, des insultes aux agressions en passant par les viols et les menaces. "Toutes infractions pénales confondues, 89% des victimes d'actes sexistes sont des femmes et 91% des mis en cause sont des hommes", notent les auteurs du rapport. Nous avons retenu quatre chiffres qui révèlent l'ampleur du phénomène.

1En 2017, 1,2 million de femmes ont été visées par des injures sexistes

Pour ce rapport, le Haut Conseil à l’Egalité s'est penché sur les injures sexistes qu'essuient quotidiennement les femmes en France. Selon les données recueillies, "en 2017, 1,2 million de femmes ont fait l’objet d’une injure sexiste, soit près d’une femme sur 20". Les insultes les plus fréquemment rapportées sont "salope" (27% des cas), "pute" (21%) et "connasse" (16%). Ces insultes ont rarement des conséquences pour ceux qui les profèrent. Bien que passibles d’un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, "seules 3% de ces injures font l’objet d’une plainte", indique le HCE. En 2017, seulement quatre condamnations pour injures sexistes ont été prononcées, note l'étude.  

Cela s'explique par le fait que dans 70% des cas, les femmes ne connaissent pas l'auteur de l'injure. Un chiffre guère étonnant : 66% des injures sexistes ont lieu dans l'espace public, d'après le rapport. Plus globalement, le HCE note que 4 femmes sur 10 affirment avoir "dernièrement été victimes d’une injustice ou d’une humiliation parce qu'elles sont des femmes".

271% des chroniques humoristiques à la radio mobilisent des ressorts sexistes

Le HCE a passé au crible l'humour dans les matinales des radios. Pour ce faire, il a étudié un échantillon des contenus humoristiques les plus populaires : les chroniques matinales de France Inter, RTL et Europe 1.

Il en ressort que 71% des chroniques mobilisent des ressorts sexistes pour faire rire. On continue d'attribuer les mêmes stéréotypes aux femmes : hystériques, sottes, sensibles, fragiles, émotives… France Inter, où une femme – Charline Vanhoenacker – tient la chronique quotidienne, est moins concernée que ses consœurs RTL et Europe 1, où des hommes tiennent l'antenne. Dix chroniques sur dix mobilisent des ressorts sexistes sur Europe 1, 8 sur 10 sur RTL et 2 sur 8 sur France Inter. Celle-ci est aussi la seule radio dont la matinale est coanimée par une femme, Léa Salamé.

Par ailleurs, les animatrices sont plus souvent nommées par leur prénom tandis que les hommes ont droit à leur patronyme entier. On évoque "l'invité de Léa" sur France Inter, tandis qu'on parle de "Monsieur Demorand". Le procédé est également courant pour les femmes politiques : on parle de "Brigitte" pour évoquer la Première dame ou de "Carlita" pour Carla Bruni-Sarkozy.

3Trois quarts des victimes de violences sexuelles hors du foyer sont des femmes 

Le rapport révèle que 76% des victimes adultes de violences sexuelles en dehors du foyer sont des femmes. Parmi elles, 59 000 déclarent avoir été victimes d'un viol ou d'une tentative de viol. Les femmes sont aussi très majoritaires parmi les victimes adultes de violences (physiques et/ou sexuelles) au sein du ménage (67%). Le rapport souligne que la très grande majorité des victimes de violences au sein de leur foyer ne se tournent pas vers la police. Entre 2011 et 2017, 83% des victimes ne se sont pas déplacées au commissariat ou à la gendarmerie.

4Seules 17% des plaintes aboutissent à une condamnation

Le sexisme est "très répandu et, pourtant, encore très peu condamné". L'étude du HCE, qui s'appuie sur des enquêtes de victimation de l'Insee, révèle qu'en moyenne, entre 2011 et 2017, seules 2,9% des victimes d'injures, menaces et violences à caractère sexiste ont déposé plainte. Parmi ces plaintes, seules 17% ont abouti à une condamnation en 2017. Pour les viols hors ménage, ce taux tombe à 6,5%. Toutes infractions sexistes confondues, 96% des condamnés sont des hommes.

Dans le détail, seules 11% des femmes victimes de violences physiques ou sexuelles affirment avoir porté plainte. "Un chiffre noir", selon le HCE, qui rappelle aussi qu'il existe "un écart non mesurable" entre les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes et celles qui sont effectivement déclarées. D'après l'étude, les enquêtes statistiques "sont encore en deçà de la réalité". Deux raisons sont avancées : le sexisme est si banalisé que les femmes n'ont souvent pas conscience qu'elles en ont été victimes et, même quand c'est le cas, beaucoup appréhendent "des propos culpabilisants" et des "sous-entendus" de la part des policiers ou gendarmes chargés d'enregistrer leur plainte.