INFO FRANCE INFO. Comment le gouvernement veut lutter contre les violences faites aux femmes

Renforcement des dispositifs, ciblage de publics spécifiques, lutte contre le sexisme... Le ministère des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes présente mercredi le Ve plan de lutte contre les violences faites aux femmes. 

Chaque année, en moyenne, 223 000 femmes sont victimes de violences conjugales en France, selon les enquêtes de victimation de l\'Insee.
Chaque année, en moyenne, 223 000 femmes sont victimes de violences conjugales en France, selon les enquêtes de victimation de l'Insee. (MAXPPP)

"La parole se libère un peu, il y a un mouvement dans la société, mais il y a encore beaucoup trop de femmes victimes de violences." Ce constat, c'est celui du ministère des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, qui doit annoncer mercredi 23 novembre le Ve plan de lutte contre les violences faites aux femmes, dont la mise en œuvre est prévue de 2017 à 2019.

En plus de quinze ans, quatre plans interministériels se sont succédé pour lutter contre ces violences qui restent "massives". Chaque année, en moyenne, note le Ve plan, 223 000 femmes sont victimes de violences conjugales, 84 000 de viol, tentative de viol ou agression sexuelle. L'année dernière, 122 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon. 

Le gouvernement veut faire reculer ces chiffres en "amplifiant l'action conduite". Le Ve plan, qui comporte plus de 80 pages, se fixe "39 grands objectifs", déclinés en "122 actions", dont une partie va être ou est déjà mise en œuvre par d'autres ministères. Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, peut aussi se vanter d'un budget en hausse : 125 millions d'euros vont être engagés sur les trois prochaines années, soit le double du budget du IVe plan (66 millions d'euros).  Alors, quelles vont être les priorités ? Franceinfo vous révèle en exclusivité les mesures de ce Ve plan. 

Augmenter le nombre de places d'hébergement d'urgence

Premier objectif : pérenniser et renforcer les dispositifs existants. Le ministère se félicite ainsi des résultats obtenus sous le IVe plan (2014-2016). Le numéro d'urgence, le 3919, qui oriente les femmes victimes de violences, reçoit 50 000 appels par an en moyenne. Pendant ces deux ans, 1 550 places d'hébergement pour les femmes victimes ont été créées, soit 94% de l'objectif à atteindre en 2017, et 300 000 professionnels ont été formés. Enfin, 530 "téléphones grand danger", qui permettent aux victimes de violences conjugales d'alerter très rapidement une plateforme en cas de risque, ont été distribués en France. 

L\'affiche de la campagne du 3919, le numéro d\'urgence pour les femmes victimes de violences. 
L'affiche de la campagne du 3919, le numéro d'urgence pour les femmes victimes de violences.  (Ministère des Familles, de l'Enfance et des Droits des Femmes)

Pour accélérer le mouvement, le Ve plan entend systématiser la formation des professionnels en contact avec ces femmes victimes. Les médecins, les policiers, les gendarmes, les pompiers mais aussi les magistrats, les avocats ou le personnel administratif seront sensibilisés à ces questions. Le gouvernement souhaite aussi créer 350 places d'hébergement supplémentaires, dont 100 réservées aux femmes de 18 à 25 ans sans enfants.

Inciter les femmes à porter plainte

Protéger durablement les femmes implique également qu'elles portent plainte. Or, on le sait, les blocages sont encore nombreux. Le Ve plan évoque "les difficultés des femmes à porter plainte contre les violences qu'elles subissent, liées à un phénomène d'emprise, de culpabilité, ou bien encore par peur des représailles". 

Ainsi, seule une femme victime de viol sur huit ose passer la porte d'un commissariat, selon les chiffres du Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE). Pour libérer la parole, le gouvernement réfléchit à ce que l'on puisse "recueillir des preuves des violences en l'absence de plainte". Ces éléments de preuve (témoignages, etc.) seront conservés "pendant une période raisonnable", "afin de laisser aux femmes victimes de violences le temps de déposer plainte". Enfin, une offre de soins psycho-traumatiques sera développée sur tout le territoire. Le dispositif, en cours de réflexion, devrait être mis en œuvre dans un an. 

Accentuer l'aide aux victimes les plus fragiles

Deuxième axe de ce plan : cibler et mieux protéger certains publics. Le gouvernement s'intéresse d'abord aux enfants victimes de violences conjugales. Ils sont 143 000 à vivre dans un foyer dont la mère se dit victime de violences de la part de son conjoint ou ex-conjoint. Des expérimentations vont notamment être menées, notamment en Seine-Saint-Denis, en 2017, avec des "espaces de rencontre protégés" pour accueillir les pères violents et leurs enfants. 

Des gifs vont être diffusés du 23 au 25 novembre pour lutter contre le sexisme et les violences sexuelles
Des gifs vont être diffusés du 23 au 25 novembre pour lutter contre le sexisme et les violences sexuelles (MINISTERE DES FAMILLES, DE L'ENFANCE ET DES DROITS DES FEMMES)

Autre public ciblé : les femmes isolées géographiquement. D'abord celles qui vivent à la campagne, où les dispositifs sont plus difficiles d'accès. Des permanences d'écoute vont par exemple être créées dans les Maisons de service, qui regroupent en zone rurale différents services (Pôle emploi, Assurance-maladie, GRDF...). Plus étonnant, des "bons taxis" vont être expérimentés dans 25 départements pour acheminer les femmes victimes de violences chez le médecin, au tribunal ou dans un lieu d'hébergement d'urgence. Deuxième groupe de femmes isolées, celles qui vivent dans les collectivités d'outre-mer. Le gouvernement prévoit notamment de déployer les "téléphones grand danger" dans ces territoires. 

Enfin, les efforts vont aussi se concentrer sur les jeunes femmes âgées de 18 à 25 ans.

Une jeune fille sur cinq a été insultée en ligne sur son apparence physique et une sur six a été confrontée à des cyberviolences à caractère sexuel par photos, vidéos ou textos.Ministère des Droits des femmes

Outre la création de 100 places d'hébergement qui leur seront réservées et la formation des professionnels, le ministère va développer une application chat du 3919 et expérimenter un accueil de jour sans rendez-vous pour ces jeunes femmes. L'accent sera aussi mis sur le cybersexisme, qui regroupe le harcèlement en ligne et la diffusion de photos à caractère intime. Un guide va être publié et diffusé pour rappeler aux victimes leurs droits.

Communiquer sur les réseaux sociaux

Pour dénoncer le sexisme et les violences sexuelles, le gouvernement diffusera une campagne sur les réseaux sociaux du 23 au 25 novembre. Et pour faire passer le message, notamment auprès des plus jeunes, le ministère des Droits des femmes a choisi des gifs !

Des gifs vont être diffusés du 23 au 25 novembre pour lutter contre le sexisme et les violences sexuelles
Des gifs vont être diffusés du 23 au 25 novembre pour lutter contre le sexisme et les violences sexuelles (MINISTERE DES FAMILLES, DE L'ENFANCE ET DES DROITS DES FEMMES)

Un clip de campagne sera aussi diffusé sur les chaînes de France Télévisions lors de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le 25 novembre. 

Voir la vidéo

La lutte contre le sexisme est d'ailleurs le dernier volet du Ve plan. En plus du renforcement de dispositifs existants en entreprise, dans les médias, les transports ainsi que le financement de plusieurs études, le gouvernement entend poursuivre l'expérimentation des "marches exploratoires des femmes dans les quartiers prioritaires de la ville". Venues du Canada, ces marches ont pour but "d'évaluer la sécurité des lieux urbains". En clair, les femmes qui y participent peuvent pointer une rue dangereuse, un manque d'éclairage ou des trottoirs trop étroits. Le bilan de ces marches, testées dans douze villes françaises entre septembre 2014 et janvier 2016, est, selon un rapport (PDF), plutôt positif.