"Ce sont les prédateurs qu'on stigmatise, pas les hommes" : la région Ile-de-France justifie sa campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports

Le choix d'illustrer les auteurs d'agression par des animaux tels que des loups, des requins ou des ours fait débat sur les réseaux sociaux.

Une des affiches de la campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun franciliens, dévoilée le 5 mars 2018.
Une des affiches de la campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun franciliens, dévoilée le 5 mars 2018. (RATP/SNCF)

Un frotteur dans le métro peut-il être assimilé à un requin, un ours ou un loup ? La nouvelle campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports franciliens, dévoilée lundi 5 mars par la région Ile-de-France, fait débat sur les réseaux sociaux. On y voit une femme tenir une barre de transport en commun, avec dans son dos un de ces trois prédateurs.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes s'étonnent que les auteurs de violences sexuelles puissent être assimilés à des animaux sauvages. "Le choix d'illustrer les agresseurs en animaux hostiles me pose question", souligne sur Twitter Valerio Motta, ancien conseiller au secrétariat d'Etat chargé des Droits des femmes sous François Hollande.

"Oui. Ce sont bien des personnes, des hommes, qui harcèlent, agressent, insultent. Ne pas arriver à le dire, l’euphémiser en montrant des animaux, c’est déjà du déni", estime pour sa part la journaliste Louise Tourret sur le réseau social. "Idem. Quand j'ai été agressée à la gare du Nord, ce n'était ni un ours, ni un loup. C'était un monsieur d'une cinquantaine d'années comme on en croise tous les jours", lui répond une consœur, Anaïs Condamines.

"Pervertir l'image des ours, des loups..."

D'autres s'offusquent que ces animaux, plus souvent victimes de l'homme que l'inverse, puissent être stigmatisés de la sorte. "Une femme terrorisée sous la menace d'un ours, d'un loup ou d'un requin. Le harcèlement dans les transports en commun est un fléau contre lequel il faut lutter. Mais ces animaux sauvages sont eux-mêmes des victimes. Qui sont les prédateurs ?", souligne l'Association pour la protection des animaux sauvages. Plusieurs internautes embrayent sur cette idée. 

Du côté de la RATP, contactée par franceinfo, on minimise ces critiques et on renvoie aux déclarations de la présidente d'Ile-de-France. Valérie Pécresse a présenté une campagne "un peu choc pour faire ressentir la peur qu'ont les femmes quand elles sont dans les transports en commun. Ce ne sont pas les hommes qu'on stigmatise, ce sont les prédateurs"

"Il n'y a pas d'image-type du harceleur, c'est très difficile à représenter car la réalité est complexe", confirme-t-on à la région Ile-de-France. "Si on avait choisi des hommes, on aurait stigmatisé la moitié de la population. Or, on a besoin d'eux pour donner l'alerte. Cette campagne, elle s'adresse avant tout aux victimes et aux témoins." En haut, à gauche de l'image, figure à trois reprises le numéro pour "donner l'alerte" face à ce type d'agression, le 3117.

"ll n'y a jamais de solution parfaite"

En réalité, la région Ile-de-France, la RATP et la SNCF sont échaudées par les critiques rencontrées lors de la campagne contre la fraude. Celle-ci mettait en scène un adolescent, une femme et un homme à l'écoute de leur mauvais génie, représenté sous la forme d'un petit monstre. "Ça n'a pas loupé. On nous a dit 'pourquoi un jeune ? Et 'pourquoi une femme' ? 'Pourquoi un homme qui a l'air typé ?'" explique-t-on. "On n'a pas voulu courir le risque de stigmatiser un public en particulier pour cette nouvelle campagne."

"ll n'y a jamais de solution parfaite, surtout avec un sujet aussi délicat", abonde-t-on à Ile-de-France mobilités (ex-Stif), partenaire de la campagne. Et d'ajouter : "On a beaucoup travaillé avec des associations d'aide aux victimes, comme le centre Hubertine Auclert, et on a testé les visuels avant de les diffuser au grand public." 

Le message principal, c'est qu'il y a des moyens de réagir face au harcèlement sexuel.Ile-de-France mobilitésà franceinfo

Selon diverses enquêtes, 43% des faits de violences graves contre les femmes ont lieu dans les transports en Ile-de-France. Et "dans 90% des cas de harcèlement sexuel dans les transports, il y a des témoins", précise-t-on à la région.