"A aucun moment je me suis sentie dénigrée" : une "grid girl" critique sa mise à l'écart de la Formule 1

Samantha Young, hôtesse de course sur les circuits depuis douze ans, revient sur la décision du nouveau propriétaire de Formule 1.

Samantha Young, \"grid girl\" britannique\", en septembre 2016.
Samantha Young, "grid girl" britannique", en septembre 2016. (SAMANTHA YOUNG / TWITTER)
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Propos recueillis parRobin PrudentFrance Télévisions

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La décision ne passe pas. Mercredi 31 janvier, le nouveau propriétaire de la Formule 1, Liberty Media, a annoncé qu'il n'y aurait plus de "grid girls" sur le bitume pour indiquer l'emplacement des véhicules. Mais cette décision n'a pas plu aux principales intéressées, qui ont faire part de leur colère sur les réseaux sociaux. L'une d'entre elles, Samantha Young, a accepté de répondre aux questions de franceinfo.

Franceinfo : Que pensez-vous de la décision des nouveaux propriétaires de Formule 1 de mettre fin aux hôtesses de course ?

Samantha Young : Je pense que l'interdiction des "grid girls" en Formule 1 est un pas en arrière pour les femmes. On vit dans une époque où les femmes s'expriment partout sur les réseaux sociaux et les médias, pour dire qu'elles doivent être fières de ce qu'elles sont et de ce qu'elles font, et dans le même temps, certaines femmes disent aux "grid girls" "Soyez fières de qui vous êtes et de ce que vous faites... tant que ce n'est pas pour devenir une "grid girl"".

Je pense que la responsabilité de cette décision est partagée entre ceux qui jugent a priori avec ce qu'ils voient 15 secondes sur leur écran de télé (plutôt que tout ce que l'on fait durant un week-end sur le circuit) et Formule 1, qui s'incline face à la pression d'un petit groupe de gens.

De nombreuses "grid girls" pointent du doigt le mouvement féministe. Et vous ?

Je ne comprends pas les arguments des féministes, qui disent que cette activité donne une mauvaise image des femmes. Toutes les "grid girls" que je connais sont très intelligentes, indépendantes et aiment leur travail. Certaines personnes semblent penser que nous ne portons presque aucun vêtement alors qu'en réalité, vous pouvez voir des personnes moins habillées traîner dans des supermarchés.

Je ne pense pas que l'on puisse être vraiment féministe et, dans le même temps, dire à un groupe de femmes qu'elles ne peuvent pas faire un travail qu'elles aiment et qu'elles ont choisi de faire.Samantha Young, "grid girl"à franceinfo

Je pense que l'idée de valoriser les femmes consiste à les autoriser à faire exactement ce qu'elles veulent faire, selon leurs aptitudes. Que ce soit pour devenir "grid girl", ingénieure, pilote, infirmière ou n'importe quel métier... Chaque femme devrait avoir le choix.

Ne trouvez-vous pas que les "grid girls" sont une tradition qui n'est plus appropriée à notre époque ?

Je suis une "grid girl" depuis douze ans et j'ai travaillé dans la plupart des championnats de sports automobiles, dont Formule 1 et British GT. J'ai été "grid girl" pour Sébastian Vettel, David Coulthard et Damon Hill. A aucun moment je me suis sentie traitée comme un objet ou dénigrée. Je n'ai reçu que du respect de la part de ceux avec qui j'ai travaillé.

Quelles sont les conséquences de cette décision pour votre activité ?

En toute honnêteté, perdre la Formule 1 ne représente pas un très grand manque à gagner pour les "grid girls". Oui, c'est un super événement pour travailler, mais comme Formule 1 emploie des "grid girls" locales pour chaque tour, cela représente seulement un week-end de travail à l'année pour nous. Le risque, c'est que d'autres championnats suivent ce mouvement et bannissent les "grid girls", c'est ce qui peut réduire le travail disponible pour nous. Pour le moment, mon entreprise n'a pas l'intention de me retirer mon rôle dans l'équipe, donc je vais pouvoir continuer à travailler.