La grève des chirurgiens et des internes en trois questions

Plusieurs syndicats rejettent l'accord signé le 25 octobre sur les dépassements d'honoraires. De nombreux blocs opératoires pourraient être fermés à partir d'aujourd'hui. 

Des chirurgiens opèrent un patient, en novembre 2003, à la clinique Spontini de Paris.
Des chirurgiens opèrent un patient, en novembre 2003, à la clinique Spontini de Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

SOCIETE – Les blocs à l'arrêt. Chirurgiens des cliniques et internes des hôpitaux publics sont en grève illimitée à partir du lundi 12 novembre. Ils s'estiment stigmatisés par le gouvernement et récusent l'accord sur les dépassements d'honoraires. Conséquence : dans toute la France, des blocs opératoires sont restés fermés lundi.

Le Bloc, syndicat majoritaire chez les spécialistes de bloc opératoire, réclame un plafond de dépassements plus élevé pour les chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens. Au-delà, les médecins veulent prévenir le risque qui existe, selon eux, de voir disparaître la médecine libérale. Il a été rejoint par la Fédération des médecins de France (un syndicat minoritaire) et par la toute nouvelle Union française pour une médecine libre, une coordination née du succès de la page Facebook "Les médecins ne sont pas des pigeons", qui compte 21 000 fans après un mois d'existence.

Que réclament les chirurgiens ?

Le Bloc a rejeté l'accord sur les dépassements d'honoraires signé le 25 octobre, sous la pression de la ministre de la Santé Marisol Touraine, par les trois premiers syndicats de médecins libéraux, généralistes et spécialistes (CSMF, SML, MG France).

Celui-ci prévoit une procédure de sanctions pour les praticiens aux tarifs abusifs. Il détaille aussi un "contrat d'accès aux soins" qui s'adresse aux médecins acceptant de limiter leurs dépassements en échange d'avantages sociaux. Selon le texte, les complémentaires sont "incitées" à prendre en charge les dépassements dans le cadre de ce contrat.

Mais d'après le Bloc, cet accord "ne correspond pas aux spécificités" des activités des chirurgiens, anesthésistes ou obstétriciens. Il réclame un avenant spécifique à ces professions, instaurant un plafond de dépassements plus élevé. Selon le médecin généraliste Jérôme Marty, président de l'Union française de la médecine libre,"il faut que le prix de la consultation soit à 40 euros". Il était l'invité de l'émission "Les quatre vérités" sur France 2, lundi matin. 

Francetv info

Que veulent les internes ?

A l'appel du syndicat Isnih et de celui des chefs de cliniques Isncca, ces futurs médecins ont choisi d'organiser leur propre mouvement, avant d'être rejoints par les chirurgiens. Attachés aux dépassements d'honoraires, les internes insistent aussi sur la détérioration de leurs conditions de travail et doivent défiler lundi à Paris, de la gare Montparnasse au ministère de la Santé (7e arrondissement).

"Ils réclament que leurs temps de repos, après les 60 heures qu'ils effectuent par semaine, soient respectés. Ils veulent aussi être assurés de conserver leur liberté d'installation à la fin de leurs études et ne pas subir un quelconque diktat des mutuelles", explique Le Figaro. "Ils redoutent que la future loi sur les réseaux de soins oblige les patients couverts à aller chez un médecin sélectionné par leur complémentaire santé pour être mieux remboursés, annihilant les libertés de choix du malade et d'exercice des médecins", poursuit le quotidien.

France 2 a passé une journée avec Fernanda Frade, interne de cinquième année en chirurgie pédiatrique à l'hôpital Robert Debré de Paris, pour 2 200 euros par mois.  

France 2 - Florence Bouquillat et Claire-Marie Denis

Combien d'hôpitaux touchés ?

La grève des chirurgiens libéraux concerne 70% des cliniques privées, soit environ 700 établissements, selon la Fédération de l'hospitalisation privée. Les hôpitaux aussi sont affectés par la grève des internes en médecine. A l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), soit 37 établissements, "certains services [avaient] prévu de déprogrammer des activités, notamment des interventions chirurgicales". Mais les urgences seront assurées, au besoin par la réquisition de médecins. Finalement, l'AP-HP a fait savoir qu'elle ne serait pas en mesure d'évaluer l'ampleur du mouvement avant lundi soir.

A Nice (Alpes-Maritimes) par exemple, tous les chirurgiens et les internes du service de traumatologie de l'hôpital Saint-Roch sont en grève. Les reporters de France 3 sont allés à la rencontre d'un interne et d'un chirurgien de l'établissement.

Pascale Justice et George Pinol - France 3

En Bretagne, "de 60% à 70% des blocs opératoires sont à l'arrêt", selon l'Union des chirurgiens de France. A Strasbourg, le mouvement est suivi "très massivement", selon le directeur général de trois cliniques de la ville, Guillaume Lohr, qui avance un taux de 95% de grévistes. Autour de Marseille, en revanche, "le mouvement est peu suivi mais est appelé à prendre de l'ampleur", a déclaré le Dr François Honorat, vice-président du syndicat des anesthésiologistes libéraux. En Rhône-Alpes, selon l'Agence régionale de santé, il n'y a pas "de blocage majeur", mais une patiente, venue faire une radio pour sa fille dans une clinique d'Ecully (Rhône), a trouvé portes closes.