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Rassemblements contre l'antisémitisme : "Chacun et chacune est responsable et doit être là", selon le grand rabbin de France

Alors que des rassemblements contre l'antisémitisme ont lieu mardi soir à Paris et dans toute la France, le grand rabbin Haïm Korsia appelle sur franceinfo à ce que la lutte contre l'antisémitisme devienne une grande cause nationale.

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Radio France
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Le grand rabbin de France, Haïm Korsia. (BENJAMIN CREMEL / AFP)

"Chacun et chacune est responsable et donc doit être là, présent", estime mardi 19 février sur franceinfo le grand rabbin Haïm Korsia, alors que des rassemblements contre l'antisémitisme ont lieu ce soir à Paris et dans toute la France

franceinfo : À quoi sert ce genre de rassemblement, en attendez-vous quelque chose ?

Haïm Korsia : Bien sûr que j’en attends quelque chose. C’est un moment exceptionnel qui consiste à dire que l’antisémitisme n’est pas que l’affaire des juifs : c’est une mobilisation nationale. Chacun et chacune est responsable et donc doit être là, présent. On a trop subi une sorte d’indifférence de nos concitoyens qui considéraient que l’antisémitisme nous concernait exclusivement. Qu’il y ait des rassemblements partout en France, cela me semble essentiel pour réaffirmer que la lutte est une lutte nationale, je dirais presque grande cause nationale, et qu’on ne peut pas accepter le moindre acte antisémite.

La réponse à l’antisémitisme peut-elle et doit-elle venir d’en haut, des pouvoirs publics et des partis politiques ?

Elle doit être prise par chaque personne, chaque citoyen. En même temps, l’élan premier, la volonté première doit être manifestée par les pouvoirs publics, par ceux qui incarnent une forme de parole organisée dans une société démocratique, c’est-à-dire les partis politiques.

Avant les rassemblements, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale iront se recueillir au mémorial de la Shoah. La piqûre de rappel de ce à quoi peut aboutir l’antisémitisme est-elle nécessaire à vos yeux ?

Oui. J’ai le sentiment que nos sociétés occidentales sont oublieuses. Pensez que c’est le visage de Simone Veil qui a été recouvert de croix gammées, le visage de la France. Mais je me souviens de la phrase de Marceline Loridan-Ivens lorsque Simone Veil est entrée au Panthéon : "Avec elle, ce sont toutes les filles d’Auschwitz qui entrent ici." Donc, recouvrir son visage de croix gammées, c’est à la fois lui nier son côté français, profondément français, et en même temps oublier toute l’Histoire. Donc, il y a besoin de rappeler les choses qui peuvent paraître évidentes.

Beaucoup s’accordent à dire que la hausse des actes antisémites est le symptôme d’une France qui va mal. Le remède n’est-il pas ailleurs ?

Le remède est partout. C’est du lien social, c’est se rendre compte que chacun est responsable. Dans ce qu’il s’est passé avec Alain Finkielkraut, une ou deux personnes l’insultent avec une violence terrible mais tous ceux qui sont autour ne réagissent pas. Ils sont complices par silence. Et cela c’est peut-être plus terrible. C’est cette indifférence, ce silence qui permet aux méchants d’exister. Einstein le disait, d’autres l’ont dit : il y a le mal que les méchants peuvent faire, mais il y a peut-être plus encore l’apathie. Les braves gens considèrent qu’ils ne peuvent rien faire et que ça ne les concerne pas. C’est en cela que ce rassemblement ce soir est important. Cela nous concerne tous, ce qui est fait est fait au nom de tous. Si on est ferme nous sommes aussi coupables et aussi responsables.

Vous ne craigniez pas que ces rassemblements ne restent qu’un symbole ?

Le symbole est fait pour mettre en mouvement quelque chose. Si ce rassemblement est une réussite, et je l’espère profondément, alors il devra mettre en mouvement quelque chose, changer quelque chose dans nos comportements, faire en sorte que chacun se sente responsable. J’allais presque dire que chacun se sente gardien de son frère. Vous avez deux sociétés possibles : celle de Caïn quand il tue Abel, et répond à Dieu qui l’interroge qu’il n’est pas le gardien de son frère, je ne suis pas responsable. Et puis il y a ceux qui disent "je suis le gardien de mon frère". Moi je pense que le rêve de la République c’est que chacun soit le gardien de son frère.

Regrettez-vous l’absence du chef de l’Etat ce soir ?

Chacun a une vision des choses. Je sais que le président de la République est totalement motivé et mobilisé dans ce combat. Les gestes du président, c’est encore autre chose qu’un rassemblement des partis politiques. Le président est par nature au-dessus des partis. Son choix est je crois de proposer une autre façon de penser les choses, non pas simplement avec des mots, mais avec des actes. Je crois que c’est peut-être cela qu’on attend du président et du gouvernement : des actes qui seront au-delà des symboles, qui pourront donner le sentiment que les choses ont changé. Je crois qu’il faut maintenant agir, et permettez-moi de citer Bernard de Clairvaux : "La plus belle des prières sera l’œuvre de vos mains". Ce qu’on attend tous du gouvernement et du chef de l’Etat, c’est l’action, et c’est peut-être cela qui transformera la société.

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