Appel de 127 universitaires juifs contre une résolution LREM : "Cela contribue à brouiller les cartes" pour Jean-Christophe Attias, signataire

Jean-Christophe Attias a justifié sa signature de cette tribune publiée dans le journal "Le Monde". 

Jean-Christophe Attias en septembre 2015. 
Jean-Christophe Attias en septembre 2015.  (/NCY / MAXPPP)

Un collectif de 127 intellectuels juifs appelle mardi 3 décembre dans une tribune publiée dans le Monde, l'Assemblée nationale à s'opposer à une proposition de résolution initiée par un député LREM pour lutter contre de "nouvelles formes d'antisémitisme". Elle suggère de reprendre la définition de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA) et d'élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme. Pour Jean-Christophe Attias, signataire et professeur titulaire de la chaire de pensée juive médiévale à l’Ecole pratique des hautes études, interrogé sur franceinfo, "cela contribue à brouiller les pistes".

franceinfo : Pourquoi avoir signé cette tribune ?

Jean-Christophe Attias : Nous sommes nombreux et je m'en réjouis. Pour une fois, on entend en France une autre voix juive, pas seulement celle du Crif [Conseil représentatif des institutions juives de France] ou d'Israël. Nous sommes effectivement 127 à nous inquiéter de l'assimilation qui est faite par cette résolution entre antisionisme et antisémitisme. Cela contribue à brouiller les cartes. On ne sait plus qui est antisémite, qui l'est vraiment, qui ne l'est pas. On a le sentiment que l'objectif d'une telle résolution, c'est de criminaliser les expressions critiques concernant l'État d'Israël. C'est grave et cela ne résoudra pas le problème.

Pour le député LREM à l'initiative de cette résolution, il s'agit d'un instrument pour mieux décrypter la haine à l'égard des juifs. Vous n'êtes pas d'accord ?

Je ne sais pas dans quelle mesure une résolution aurait une valeur contraignante, à mon avis elle n'en a pas. Cela va peut-être inciter les juges à regarder les choses de plus près mais cela ne va pas du tout les éclairer. Il y a quelque chose de faux dans ce texte. On sent très bien derrière tout ça, la volonté de répondre aux attentes d'une certaine partie de la communauté juive et surtout aux attentes du gouvernement israélien. Benjamin Netanyahu est très clair là-dessus depuis des années : pour lui critiquer l'État d'Israël, c'est une atteinte au judaïsme.

Cette résolution est superflue, selon vous ?

La France a tout ce qu'il faut en terme d'arsenal juridique pour poursuivre, pour juger et pour condamner les propos et les actes antisémites : cela suffit. Il n'est pas nécessaire d'aller au-delà. Aller au-delà, c'est servir d'autres intérêts que ceux de la lutte globale, universelle, contre toutes les formes de racisme. L'antisémitisme émane de milieux très variés, qui ont des histoires très particulières : on le trouve à droite, à l'extrême-droite, on peut le trouver à gauche, à l'extrême-gauche. C'est un phénomène relativement facile à identifier mais en faisant entrer cette carte-là, ce critère de l'antisionisme, on rend les choses indéchiffrables. Cela me paraît tout à fait dangereux.