Antiracisme : journée de mobilisation en demi-teinte

Réagissant aux propos racistes tenus à l'encontre de la Garde des Sceaux Christine Taubira et surfant sur la médiatisation des trente ans de la Marche contre le racisme, une manifestation antiraciste s'est tenue dans 80 villes de France. Un modus operandi classique accusé d'être devenu institutionnel.

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Une manifestation, des pancartes, 80 villes mobilisées, des personnalités dans le peloton de tête et des discours à l'arrivée : les manifestations antiracistes se suivent et se ressemblent. La dernière en date, qui se déroulait ce samedi, a rassemblé à Paris entre 3.900 personnes selon la police et 25.000, selon les organisateurs. Quelques milliers d'autres ont défilé dans les grandes villes françaises. Un militant confiait son étonnement : "Je suis déçu et n'arrive pas à comprendre pourquoi nous sommes si peu ".

Historique, institutionnel : les mots qui font fuir

La marche devait être un mouvement d'ampleur : les organisateurs avaient décidé de n'avoir aucune revendication spécifique et de ne viser personne en particulier pour "réunir le plus largement possible ". Les raisons ne manquaient pas : la manifestation surfait à la fois sur sur la commémoration de la Marche contre le racisme de 1983,  médiatisée par la sortie d'un film, et sur la vague d'indignation provoquée par les propos racistes tenus contre Christine Taubira. 

Le résultat est en demi-teinte : cette fois, la présence des associations historiques (la Licra, SOS Racisme, le Mrap,la Ligue des droits de l'homme...) et des politiques (Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, s'était invité dans le carré de tête avec plusieurs autres responsables du parti) n'a pas réellement mobilisé les foules.

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Critiques de tous bords

Dans un entretien-choc au Monde daté de dimanche/lundi, Julien Dray, président de SOS Racisme, pointe lui aussi du doigt le modus operandi. "Les associations antiracistes sont en résistance et trop dans un discours traditionnel ", affirme-t-il,  qualifiant la manifestation de "respectable mais traditionnelle ". Sans oublier d'écorner le PS au passage, jugeant qu'il n'était "pas à la pointe du combat contre les discriminations ".

Sur Twitter, en lieu et place des traditionnelles photos de cortèges à pancartes, fleurissent depuis une semaine les tweets condamnant l'utilisation et la récupération de l'antiracisme.

Certains faisaient même de l'humour sur les chiffres avancés par les organisateurs.