Mission InSight sur Mars : "Le sismomètre va nous permettre de comprendre pourquoi la planète rouge est devenue un désert froid et sec"

 La sonde Insight, qui a atterri sur la surface de la planète Mars, va étudier la structure interne de la planète rouge grâce à un sismomètre de haute précision fabriqué en France.

Première photo envoyée par la sonde Insight sur Mars
Première photo envoyée par la sonde Insight sur Mars (HO / NASA/JPL-CALTECH / AFP)

Mieux comprendre comment Mars s'est formée. C’est l’objectif de la sonde InSight de la Nasa. Elle s'est posée sur la surface de la planète rouge lundi 26 novembre. A son bord, un sismomètre de haute précision, fabriqué en France. Philippe Lognonné, géophysicien à l'Institut de physique du globe de Paris, est le père de cette précieuse machine. Il a suivi l'atterrissage depuis la Cité des Sciences à Paris.

franceinfo : Comment avez-vous vécu l'atterrissage de la sonde InSight ?  

Philippe Lognonné : Cela a été des minutes très intenses où j'ai attendu, attendu... J'ai regardé tous les signaux qui nous arrivaient. Et après tout ça, ce soulagement et puis ces premières images ! Chapeau bas aux équipes du JPL [Jet Propulsion Laboratory de Pasadena en Californie]. C'est vraiment une grande fierté de savoir qu'ils ont pu nous amener vers Mars dans cette merveilleuse mission.

Pensez-vous que le sismomètre qui équipe InSight va pouvoir être déployé facilement ?

On a déjà une image qui nous montre qu'on n'a pas trop de cailloux devant nous, donc a priori on devra trouver assez rapidement un endroit où le déployer. Tout semble bien se passer. On ne sait pas encore si les panneaux solaires vont se déployer ou s'ils sont déjà déployés mais, en tout cas, il n'y a aucun signe négatif. C'est extraordinaire (...) C'est la première fois qu'on va procéder à une telle installation sur Mars, à presque 480 millions de kilomètres d'ici.

Si on doit résumer, ce sismomètre, ce sont des grandes oreilles pour écouter Mars ?

Oui, ce sont vraiment des grandes oreilles pour écouter l'intérieur de Mars. Et en même temps, on a aussi des grandes oreilles pour écouter l'extérieur, c'est-à-dire l'atmosphère. On va donc écouter Mars des deux côtés, vers le sol et vers l'atmosphère. Pour faire simple, cela va être une sorte d'appareil d'échographie planétaire. Cela marche un petit peu comme un système d'échographie de fœtus, sauf que là c'est à l'échelle d'une planète entière (...) Cela permettra à la fois de mieux comprendre comment Mars s'est formée et donc comment la Terre s'est formée, et surtout cela permettra aussi de mieux comprendre comment Mars a évolué et pourquoi cette planète, qui a été habitable il y a quatre milliards d'années, a tout perdu en quelques centaines de millions d'années. C'est ça, la clé. Pourquoi est-ce que cette planète qui était peut-être un endroit merveilleux pour vivre il y a quatre milliards d'années est aujourd'hui un désert froid et sec ?

Pour vous, cela représente l'aboutissement de combien d'années de travail ?

J'ai commencé à travailler à un projet semblable en 1989. Puis mes collègues européens y ont travaillé depuis 20 ans. Avec un de mes collègues, on a calculé que, finalement, si on ajoute toutes les années travaillées sur ce projet par tous les scientifiques, on arrive en fait à plusieurs siècles de travail !