Les coups de poing ont-ils fait évoluer la main de l'homme ?

C'est l'hypothèse de deux chercheurs américains, qui publient leur étude jeudi. Explications.

Les proportions de la main humaine permettent deux types de prise caractéristiques, la \"prise de précision\", manipulation fine d\'objets par le bout des doigts uniquement, et la \"prise forte\" dans laquelle l\'objet est fermement enroulé dans notre main.
Les proportions de la main humaine permettent deux types de prise caractéristiques, la "prise de précision", manipulation fine d'objets par le bout des doigts uniquement, et la "prise forte" dans laquelle l'objet est fermement enroulé dans notre main. (REUTERS PHOTOGRAPHER / REUTERS)

Et si notre main n'avait pas seulement évolué pour nous rendre plus habiles mais aussi pour nous permettre de mieux donner des coups de poing ? C'est l'hypothèse qu'ont voulu vérifier des chercheurs, dans une étude publiée par la revue britannique Journal of Experimental Biology, jeudi 20 décembre. Michael Morgan et David Carrier, chercheurs à l'université d'Utah (Etats-Unis), ont voulu explorer une nouvelle piste pour comprendre pourquoi nos mains étaient si particulières.

Par comparaison avec les grands singes, l'être humain possède une paume et des doigts courts, mais aussi des pouces longs, forts et mobiles. Ces proportions permettent les deux types de prises caractéristiques de notre espèce, la "prise de précision", manipulation fine d'objets par le bout des doigts uniquement, et la "prise forte" dans laquelle l'objet est fermement enroulé dans notre main.

Une main plus résistante aux chocs

Respectivement médecin et biologiste, les deux chercheurs américains ont constaté que les proportions et la mécanique de la main humaine en faisaient la structure idéale pour donner des coups de poing : les phalanges repliées s'imbriquent parfaitement entre la paume et le pouce. Cela renforce le poing et rend la main plus résistante aux chocs, en répartissant l'énergie jusqu'au poignet pour protéger os et articulations.

Les chercheurs ont donc procédé à diverses expériences sur des volontaires, auxquels ils ont demandé de frapper dans des sacs de sable poing fermé et paume ouverte de différentes façons. Première surprise : "Contrairement à nos attentes, frapper avec le poing fermé ne semble pas conférer un avantage significatif" en termes de force, écrivent-ils .

Plus de chances de provoquer des blessures

Or, la surface de frappe d'un poing fermé ne représente même pas le tiers de celle de la main. Cela signifie qu'à puissance égale, la force d'impact d'un poing est bien supérieure et a plus de chances de provoquer une blessure, relèvent-ils.

Le principal avantage de la structure de la main humaine, c'est bien la résistance mécanique offerte par le poing fermé, confirme l'étude. Si les humains avaient la même main que les chimpanzés, le bout des doigts pourrait certes s'appuyer sur la paume lorsque le poing est fermé. Mais les doigts repliés sur eux-mêmes garderaient alors un interstice préjudiciable à la solidité de l'ensemble. 

En somme, il n'existe qu'une seule structure correctement dimensionnée pour assurer simultanément la manipulation d'objets et le fait de fermer le poing de façon optimale : la main de l'Homo sapiens, concluent les auteurs.