Le super-microscope de l'Institut Pasteur va permettre d'observer certaines molécules "pour définir de nouveaux traitements"

Olivier Schwartz, directeur scientifique de l'Institut Pasteur, nous décrit l'un des microscopes les plus grands et des plus puissants du monde, le Titan Krios.

Manipulation de la plaquette à observer avec de l\'azote liquide afin d\'être observé dans le Titan Krios, un des microscopes les plus gros du monde à l\'institut pasteur à Paris le 4 juillet 2018.
Manipulation de la plaquette à observer avec de l'azote liquide afin d'être observé dans le Titan Krios, un des microscopes les plus gros du monde à l'institut pasteur à Paris le 4 juillet 2018. (YANN FOREIX / MAXPPP)

L'Institut Pasteur inaugure jeudi 12 juillet son nouveau super-microscope : le Titan Krios, un des microscopes les plus grands et des plus puissants du monde. Invité  sur franceinfo, Olivier Schwartz, le directeur scientifique de l'Institut Pasteur, a décrit son fonctionnement. Destiné à la recherche médicale, le Titan Krios aidera les chercheurs à mieux comprendre comment certaines "molécules peuvent se fixer sur leurs cibles et ainsi définir de nouveaux traitements." Cela va notamment concerner la "transformation d'une cellule normale en cellule cancéreuse."

franceinfo : Pouvez-vous nous décrire ce super-microscope et nous dire comment il fonctionne ?

Olivier Schwartz : C'est une machine gigantesque, un microscope de 4 mètres de haut, pour lequel nous avons même dû construire le bâtiment autour qui va l'accueillir puisqu'il faut qu'il soit protégé des ondes électromagnétiques et même de la vibration du métro par exemple, qui n'est pas loin. C'est un microscope électronique extrêmement puissant. Il est si grand parce qu'il y a une grande colonne de vide extrêmement poussée et il y a un faisceau électronique qui monte à 400 000 volts. Ces volts permettent de traverser les échantillons que l'on va introduire en bas de la machine. Les échantillons sont préparés et sont cryogénisés. Le faisceau d'électrons le traverse, puis, en quelque sorte, l'ombre de l'échantillon est récupérée à travers une caméra extrêmement puissante avant d'être analysée. Ce processus est effectué de nombreuses fois afin d'augmenter la résolution de ce que l'on peut voir.

Quelle est la différence de cette résolution par rapport à un microscope classique ou l'oeil humain ?

L'oeil humain distingue quelques dixièmes de millimètres, un microscope optique va voir des objets de l'ordre de 10 à 100 nanomètres, on est donc déjà à une échelle 1 000 fois plus petite. Là, on peut descendre encore 10 000 fois plus petit et précis pour observer avec ce type de machine, les molécules. On peut voir, par exemple, la surface d'une particule virale, d'un virus, d'une bactérie ou encore d'une cellule, et après on peut reconstruire la structure trois dimensionnelles de ces objets.

Est-ce que ça veut dire qu'il est destiné à faire de la recherche médicale ?

C'est un appareil qui va avoir deux utilisations : d'abord, servir la compréhension, la recherche fondamentale. A l'Institut Pasteur par exemple, on s'intéresse aux mécanismes de cancérisation, c'est-à-dire de transformation d'une cellule normale en cellule cancéreuse. Ou encore, aux mécanismes d'infection, par exemple, comment le virus Zika rentre dans la cellule, se fixe avec ce qu'on appelle son enveloppe présente à la surface de la particule virale. Ce sont deux exemples, mais il y en a d'autres. Et donc ce microscope permet de comprendre ces mécanismes fondamentaux. Ça c'est la première utilisation. De cette science, de ces connaissances, on peut aboutir à de nouvelles stratégies, de nouveaux médicaments ou de nouveaux vaccins par exemple. On peut concevoir des molécules qui vont bloquer l'entrée, ou ce qu'on appelle la fusion du virus. On va comprendre comment ces molécules peuvent se fixer sur leurs cibles et ainsi définir de nouveaux traitements.

Combien coûte un super-microscope comme celui-là ?

C'est un investissement extrêmement lourd pour l'Institut Pasteur. On parle de 10 millions d'euros pour l'installation, la réception du matériel, la mise au point, les équipes qui vont travailler autour de ce matériel. Cet investissement a plusieurs sources : une partie provient de l'Etat avec des programmes d'investissement d'avenir, une autre partie vient de donateurs et de la générosité du public et enfin, de nos fonds propres.