Une électrosensible reconnue comme handicapée par la Justice

Pour la première fois, la Justice a reconnu l'électrosensibilité comme handicap. C'est une jeune femme de 39 ans qui a dû se réfugier dans les montagnes de l'Ariège qui a bénéficié de ce jugement, rendu en juillet mais passé inaperçu. Le tribunal lui a accordé une allocation adulte handicapé. L'hypersensibilité aux ondes magnétiques n'est pas reconnue comme maladie en France.

(Selon l'association Next-up, 70.000 personnes souffriraient d'électrosensibilité en France. © Maxppp)

Le jugement aura de quoi faire réfléchir avant de poser cet amplificateur wifi que vous a gentiment donné votre belle-mère. Le tribunal du contentieux de l'incapacité de Toulouse a accordé une allocation adulte handicapé à une femme de 39 ans qui a dû aller se réfugier dans une ferme des montagnes de l'Ariège pour échapper au bain d'ondes magnétiques dans lequel nage désormais presque toute localité. Reconnue invalide à 85%, elle touchera 800 euros par mois durant trois ans, éventuellement renouvelable. Rendu début juillet, le jugement était passé inaperçu jusqu'à ce que l'association Robin des Toits ne l'exhumme.

"Cette reconnaissance par la justice est une grande première en France "

Cette ancienne dramaturge radio de Marseille vivait jusqu'à présent de l'aide de sa famille, dans une grange retapée, sans route d'accès, sans électricité, alimentée par une source et bloquée par deux mètres de neige l'hiver. "Cette reconnaissance par la justice est une grande première en France ", a commenté Etienne Cendrier, porte-parole de Robin des Toits.

Non reconnue en France

L'hypersensibilité aux ondes magnétiques, celles des antennes relais, des téléphones portables ou des connexions internet sans fil, n'est pas reconnue officiellement comme maladie en France et les experts se déchirent autour du sujet. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'aide pas particulièrement à préciser la situation en déclarant en 2005 que l'électrosensibilité était "caractérisée par divers symptômes non spécifiques qui diffèrent d'un individu à l'autre " qui "ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable ". L'étude citée ajoute qui plus est qu'il n'est pas possible scientifiquement de relier ces symptômes à une exposition aux champs électromagnétiques. Face aux énormes enjeux du développement des nouvelles technologies, une définition aussi floue ne pèse pas bien lourd.

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Pourtant, des milliers de personnes pourraient être touchées : 70.000 en France, à en croire l'avocate de la plaignante, citant l'association Next-up. Elles souffrent à des degrés variables de maux de tête, picotements, troubles du sommeil, des symptômes divers, transitoires et communs à de nombreuses affections. "Malheureusement, on n'en parle pas parce que ce sont des gens qui vivent dans des caravanes, dans des grottes, sous des tentes dans les bois ", dénonce l'avocate. "On est obligé de se désocialiser et du coup on n'apparait plus dans l'espace public ". Le jugement de Toulouse pourrait donc constituer une jurisprudence qui, elle, ne pasera pas inaperçu.