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Dailymotion/Yahoo! : le Far West contre les irréductibles Gaulois?

En bloquant les négociations entre Yahoo! et Dailymotion en mai, Arnaud Montebourg a envoyé un message que certains, Outre-Atlantique, qualifient de "catastrophique". Retour sur la polémique.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
 (Christian Hartmann Reuters)

Quand Arnaud Montebourg pose à la Une d'un
magazine avec un marinière
pour défendre le "Made in France", ça passe sans
problème. Ca n'affecte pas la vision que les étrangers de la France, ça
renforcerait même le cliché. Presque drôle pour certains. En revanche, quand le
ministre du Redressement productif fait capoter les négociations entre Yahoo!
et Dailymotion
 pour protéger
une "pépite" française, les investisseurs étrangers (et surtout
américains), ne rigolent plus. Retour sur l'histoire d'une vente avortée.

Yahoo! contre Google


Dailymotion, devenu 12e plateforme vidéo au monde, intéresse Yahoo! pour ses
2,5 milliards de vidéos consultées par mois. Des performances qui, dans la tête
de l'Américain se traduisent par "grignoter des parts de marchés au
mastodonte concurrent Google
", qui détient YouTube. 
Avec Dailymotion, Yahoo! deviendrait "immédiatement une  plateforme intournable
en dehors des Etats-Unis
", selon le Wall Street Journal , qui souligne
également les bénéfices qu'auraient tiré la start-up française qui
"cherche depuis longtemps des investissements pour s'exporter,
particulièrement aux Etats-Unis
".

Et pas parce que la Silicon Valley en Californie c'est "the place
to be" du net et de l'informatique, mais parce que les Etats-Unis sont le
1er marché de Dailymotion, "ils représentent 35% de notre chiffre
d'affaires, c'est plus que la France
" a expliqué le PDG du site, Cédric
Tournay.

Dailymotion et l'Etat


Dailymotion, site de partage de vidéos, a été crée en 2005. Son histoire
d'amour avec l'Etat débute en 2009, lorsque le Fonds stratégique
d'investissements (FSI) entre au capital. En janvier 2011, France
Télécom/Orange acquiert 49% du capital, valorisant la start-up à 120 millions
d'euros. Deux ans plus tard, le groupe rachète les 51% restant. Dailymotion
devient sa filiale à 100%. 

Voyant les euros s'afficher en millions, Yahoo!, en déclin, se rapproche de
l'ingénieuse start-up française. Ca tombe bien, elle veut se développer à
l'internationale. L'accord aurait fait monter la valorisation du site à 300
millions d'euros.

Ils voulaient vendre, eux

Donc tout le monde est d'accord. Le PDG de Dailymotion, le patron de France
Télécom/Orange et Yahoo! Good deal, niveau économique. Mais au niveau
politique? Dailymotion et l'Etat sont liés depuis 2009, et ce petit arrangement
à trois ne plaît pas du tout.

Yahoo! demande 75% du capital, avec une option pour monter à 100%. Une option
que refuse Stéphane Richard, le patron d'Orange qui poursuit les
négociations jusqu'à l'intervention d'Arnaud Montebourg. Le ministre du
Redressement productif s'impose de tout son poids (l'Etat détient 27% du capital
de France Télécom/Orange) dans les discussions.
"Je ne vais pas vous laisser vendre l'une des meilleures start-up de
France!
" aurait lancé le ministre qui veut un 50-50%. Le PDG de
Dailymotion "regrette le blocage ". Le PDG d'Orange aussi.

Une situation presque
caricaturale

Cette affaire a beaucoup inspiré les médias français qui se sont interrogés sur
cette "tradition de volonté d'indépendance technologique de la
France
", ou qui se sont posés cette
question : "Protectionnisme déplacé ou nécessaire sauvegarde d'une
pépite?
"
.

Aux Etats-Unis aussi les journalistes ont commenté la situation. Et ils sont
moins posés de questions. Pour eux, l'image de la France ouverte aux investisseurs
étrangers en prend un coup. Le New York Times  parle d'un "nationalisme absurde ", un
message "catastrophique qui suggère que toute société française qui
réussit ne doit en aucun cas être rachetée par une compagnie étrangère
".

Le quotidien américain donne un petit cours d'économie du net à Arnaud
Montebourg : le ministre "semble croire, à tort, que laisser Dailymotion
aux mains de la France permettra d'encourager le développement d'une ruche de
start-up françaises. Au contraire! L'histoire de la Silicon Valley montre que
les entreprises réussissent mieux quand elles sont libres de travailler,
fusionner et de s'associer avec les plus brillants de ce monde
".

Le NYT prend l'exemple de Skype, fondé par un Danois et un Suédois, installé au Luxembourg et revendu à
Ebay. Les deux créateurs continuent à investir et créer des entreprises.

Pour le Wall Street Journal , qui a été
le premier a raconté les conditions dans lesquelles les négociations ont fini,
cette d'affaire "risque d'affecter l'image de la France pour les
investisseurs étrangers alors que la France compte sur eux pour sortir de la
crise
".

Outre-Atlantique comme en France, si cette histoire fait du bruit, pense Arnaud
Montebourg, c'est à cause des médias. Le site Bloomberg reprend une déclaration du ministre du Redressement
productif qui assure que tout va bien entre la France et "nos amis
Américains
". "Ce bashing dans médias anglophones doit arrêter, il
n'est pas justifié
".

Dailymotion affirme que depuis cette affaire, il a reçu des propositions. Le
PDG de France Télécom/Orange a eu des rdv dans la Silicon Valley et a annoncé
qu'il allait investir près de 50 millions d'euros dans le site français. Et si la start-up française n'a pas changé d'actionnaire cette année, son
actionnaire aura changé... de nom! France Télécom a officiellement disparu au profit
d'Orange.

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