Cassini : la sonde spatiale "a totalement dépassé ses objectifs scientifiques"

Vingt ans après son lancement, la sonde Cassini s'est désintégrée dans l'atmosphère de Saturne, vendredi. Pour l'astrophysicienne Sandrine Guerlet, l'engin spatiale a fait plus que remplir sa mission : "Elle a dévoilé de nouveaux mondes". 

Une image de Saturne prise par la sonde Cassini, en octobre 2016. 
Une image de Saturne prise par la sonde Cassini, en octobre 2016.  (HO / NASA/JPL-CALTECH/SPACE SCIENCE I)

La sonde spatiale américaine Cassini a réalisé son plongeon final vers l'atmosphère de Saturne vendredi, après une mission exploratoire de 13 ans autour de la planète. Au cours de cette période, l'engin spatial est allé au delà des attentes placées en lui, selon Sandrine Guerlet, astrophysicienne et chercheuse CNRS au laboratoire de météorologie dynamique de l'université Pierre et Marie Curie Paris VI-Jussieu, vendredi 15 septembre sur franceinfo. 

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franceinfo : la sonde Cassini a-t-elle vraiment bien travaillé en treize années d'exploration ?

Elle a totalement dépassé ses objectifs scientifiques. Elle a dévoilé de nouveaux mondes dont Titan, la plus grosse lune de Saturne, mais aussi d'autres satellites, comme Encelade et les anneaux de Saturne. Nous avons appris énormément de choses. Pour Titan, il y avait un radar embarqué sur Cassini, qui a pu sonder la surface. La planète est recouverte d'une épaisse atmosphère très opaque. On ne peut donc pas voir sa surface quand on prend une photo. Ce radar embarqué a dévoilé des lacs de méthane liquide à sa surface, des dunes et même des nuages et des pluies de méthane.

Vous parliez d'Encelade, est-ce une lune de Saturne ?

C'est une lune toute glacée. L'une des découvertes complètement inattendues de Cassini a été de voir que sous sa croûte de glace, il y a très certainement un océan liquide. C'est vraiment inattendu car on est très loin du Soleil ! On a observé des geysers d'eau qui sont sortis de cette surface et on a analysé leur composition. Il y a un peu de sel dedans, ce qui sous-entend qu'il y a vraiment un océan, une source de chaleur en profondeur et donc peut-être des réactions chimiques propices au développement d'une autre forme de vie. C'est très différent, très exotique par rapport à la Terre, mais il pourrait y avoir une chimie particulière, une activité géothermale, mais dans un monde complètement glacé à sa surface.

Avez-vous fini d'exploiter toutes les données qui ont été transmises par Cassini ?

Pas du tout ! Certains scientifiques sont encore en train de réanalyser les données des sondes Voyager qui ont survolé Jupiter et Saturne dans les années 80 à la lumière de compléments d'informations que l'on a obtenu. Donc j'imagine très bien que dans 20 ans, on sera encore en train d'analyser les données de Cassini pour compléter notre connaissance de cette planète. Maintenant, on cherche à modéliser ce qu'on a observé. On a beaucoup de travail de recherche dans la modélisation numérique, pas seulement sur l'analyse des observations. On a désormais envie de retourner sur Titan, mais cela ne va pas se faire tout de suite. Une des prochaines grandes missions sera plutôt vers Jupiter, avec la mission Juice, de l'Agence spatiale européenne, mais elle aura lieu plutôt dans une dizaine d'années.