Sonde Solar Orbiter : "Pour l'instant, tous les voyants sont au vert", selon un chercheur qui raconte "un moment magique" lors du décollage

Le chercheur Milan Maksimovic a assisté au décollage de la sonde la nuit dernière depuis la Floride. 

La sonde Solar Orbiter lors de son décollage le 9 février. 
La sonde Solar Orbiter lors de son décollage le 9 février.  (JOE MARINO - BILL CANTRELL / MAXPPP)

"Il y a eu beaucoup de stress, d'anxiété, mais je dois dire qu'au moment du décollage, il y a eu un moment magique où tout le monde s'est arrêté de parler", a témoigné lundi 10 février sur franceinfo Milan Maksimovic, chercheur au CNRS et au Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique de l'Observatoire de Paris. Il a assisté, dans la nuit de dimanche à lundi, au décollage en Floride de la sonde euro-américaine Solar Orbiter, qui étudiera pendant la prochaine décennie la météo solaire.

"Pour l'instant, tous les voyants sont au vert", s'est réjoui le scientifique. Cette sonde permettra de réaliser des mesures "jamais faites" et d'obtenir notamment des "images très précises" des tempêtes chargées de particules qui provoquent parfois des pannes sur Terre, notamment liées aux systèmes de communication qui dépendent des satellites.

franceinfo : La sonde Solar Orbiter va donc observer la "météo solaire". Qu'est-ce que cela signifie ?

Milan Maksimovic : La météo solaire, ce n'est rien d'autre que l'atmosphère du soleil qui est très chaude et qui émet un flux de particules en permanence dans toutes les directions de l'espace qu'on appelle le vent solaire. Et ce vent solaire interagit avec tout un tas d'objets dans le système solaire, notamment avec notre planète, produisant les fameuses aurores boréales qu'on observe dans les régions polaires. Ça, c'est un événement agréable mais ça peut également créer des perturbations géomagnétiques et éventuellement créer un danger pour les satellites ou les astronautes.

Avait-on déjà observé le soleil de cette façon ces dernières années ?

On observe le vent solaire depuis pas mal d'années, il y a eu d'autres missions. Mais la particularité de la sonde Solar Orbiter, c'est qu'elle dispose sur la même plateforme de deux types d'instrumentation : à la fois de l'imagerie, qui va nous permettre de faire des images très précises, les plus précises jamais faites pour voir le départ du vent solaire et des bulles de plasma qui sont émises dans toutes les directions, et ensuite on mesurera ce plasma au niveau de la sonde, quelques heures plus tard, quand on est au plus près. On a véritablement deux points de mesure. Et ce type de mesure n'a jamais été fait.

Vous qui travaillez depuis des années sur cette sonde, avez-vous vécu le décollage avec une pointe d'anxiété cette nuit ?

Oui, il y a eu beaucoup de stress, d'anxiété, mais je dois dire qu'au moment du décollage, il y a eu un moment magique où tout le monde s'est arrêté de parler. La fusée a décollé, le ciel était magnifique, il y avait une pleine lune au-dessus de nos têtes. Ça été fantastique. Et les dernières nouvelles sont très bonnes : la sonde s'est séparée de la fusée, les panneaux solaires se sont ouverts, on a récupéré le signal de la sonde grâce à la station qui se trouve en Australie. Donc, pour l'instant, tous les voyants sont au vert.