Engin spatial sur la face cachée de la Lune : "La Chine va devenir une puissance technologique et scientifique"

"Avoir un programme spatial avec ce succès, c'est clairement montrer que la Chine est capable d'être dans la cour des grands", admet Olivier Sanguy, rédacteur en chef de l'actualité spatiale de la Cité de l'espace à Toulouse.

 La sonde lunaire chinoise Chang\'e-4 lors de son alunissage, le 3 janvier 2019 à 03h26 heure française.
La sonde lunaire chinoise Chang'e-4 lors de son alunissage, le 3 janvier 2019 à 03h26 heure française. (CHINA NATIONAL SPACE ADMINISTRATION (CNSA) / HANDOUT / MAXPPP)

La face cachée de la Lune ne l'est plus. Pour la première fois dans l'histoire de la conquête spatiale, la Chine a réussi à poser un engin sans encombre très tôt jeudi 3 janvier. Pour Olivier Sanguy, rédacteur en chef de l'actualité spatiale de la Cité de l'Espace à Toulouse et invité de franceinfo jeudi matin, "la Chine va devenir une puissance technologique et scientifique". "La Chine ne veut pas laisser la Lune entre les mains des puissances occidentales", a-t-il ajouté.

franceinfo : Pourquoi parle-t-on d'une prouesse technologique ? Pourquoi aucun engin n'était allé voir de ce côté de la Lune ?

Olivier SanguyTout simplement parce que la face cachée de la Lune est la face à partir de laquelle on ne voit jamais la Terre. La Terre n'est donc jamais en visibilité radio. Si j'émets un signal radio depuis cette face, il n'atteindra pas la Terre. Il fallait donc un relais, ce qui fait une mission assez complexe. C'est ce que les Chinois ont fait. L'année dernière, ils ont envoyé un relais, une sorte de satellite qui est un relais radio entre la Terre et la Lune et qui a permis de faire cette mission.

À quoi ressemble cette face cachée ?

Elle ressemble à la face visible, mais beaucoup plus cratérisée. On pense qu'on a accès à des terrains plus anciens. C'est là, l'intérêt scientifique : c'est de voir comment la Lune était au moment de sa formation. C'est aussi voir les conditions qui régnaient pour la formation de la Terre. Ils ont choisi un très bon endroit, qui est le cratère Von Karman, connu comme étant probablement l'une des surfaces les plus anciennes de la Lune.

L'ingénieur en chef du programme a dit, il y a quelques heures, "On est en train de faire de la Chine une puissance de l'espace". L'événement de ce matin en est-il la preuve ?

Oui, tout à fait. Je dirais aussi une puissance terrestre. La Chine veut devenir une puissance à part entière. Elle veut aussi devenir le pays du high tech. Avoir un programme spatial avec ce succès, c'est clairement montrer que la Chine est capable d'être dans la cour des grands non pas seulement au niveau du poids économique mais aussi au niveau du poids diplomatique, technologique, du poids de la civilisation et de la connaissance. Les enjeux sont énormes. Le programme spatial chinois irrigue les universités chinoises qui fabriquent des ingénieurs par dizaines de milliers. Prochainement, la Chine va devenir une puissance technologique et scientifique.

Pourquoi la Lune, que les autres puissances spatiales ont abandonnée ?

Il y a un intérêt scientifique. On a cru que la messe était dite avec le programme Apollo mais c'est beaucoup plus complexe. Il y a un retour vers la Lune : les États-Unis ont annoncé qu'ils voulaient faire une station autour de la Lune en coopération avec l'Europe, les Japonais, les Canadiens et les Russes. La Chine ne veut pas laisser la Lune entre les mains des puissances occidentales. Ils ont aussi un programme martien très ambitieux, qui compte envoyer une sonde se poser sur Mars. On voit très bien que la Chine veut devenir une puissance scientifique parce que c'est un élément de "soft power". Ce n'est pas de la puissance militaire, c'est de la puissance diplomatique.