Vaccination : de la défiance à l’offensive juridique

Le mouvement de défiance à l’égard de la vaccination prend un nouveau tournant. La résistance des sceptiques et des opposants, qu’on entend saisonnièrement gronder, s’exprime désormais par une action en justice, qui s’adresse clairement à la ministre de la Santé.

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Cet été, Marisol Touraine avait alerté sur les dangers de refuser la vaccination et promis sur ce sujet un grand débat  public à l’automne. Cet engagement était largement motivé par le succès croissant d’une pétition très alarmiste sur les dangers des vaccins qui sont actuellement commercialisés,  lancée sur Internet par un cancérologue, le professeur Henri Joyeux.

(Le professeur Joyeux a lancé une pétition très alarmiste © RF/Anne Brunel)

Ce chirurgien spécialiste de la nutrition, bien connu pour défendre les bienfaits du miel et les méfaits du pain blanc, fait justement à cause de cette pétition l’objet d’une procédure disciplinaire de la part du Conseil de l’Ordre.  Pétition cependant très populaire puisque depuis mai 2015, il a récolté près de 800 000 signatures. Et comme ses revendications ne sont pas entendues, voici qu’une "demande préalable" vient d’être envoyée à Marisol Touraine, la ministre de la Santé, qui sera suivie d’ici à deux mois d’une requête adressée au Conseil d’Etat. Autrement dit, une "action de groupe" qui rassemble actuellement près de 2500 personnes et portée par Me Jacqueline Bergel-Hatchuel.  "Ce que mes clients, qui m’ont mandatée, demandent c’est de 'contraindre par tout moyen adéquat l’ensemble des laboratoires pharmaceutiques de mettre en nombre suffisant des vaccins seulement trivalents correspondant aux seuls vaccins obligatoires'" explique l'avocate. "Et donc, le but est de se grouper, et ce sont des actions groupées qui permettent de bien avancer quand il y a carence des pouvoirs publics car il faut bien appeler les choses par leurs noms". 

 

(Page de garde de la demande préalable adressée au ministre de la santé © RF/ Anne Brunel)

Il s’agit donc bien d’obtenir de la ministre qu’elle fasse pression sur les laboratoires car ce sont bien eux qui sont dans le viseur du professeur Joyeux. "Il y a trois vaccins obligatoires avec lesquels je suis d’accord , précise le médecin. Mais les labos, qui sont des gros malins, ont arrêté la fabrication de ce vaccin trivalent obligatoire - diphtérie, tétanos polio -, et ils ont ajouté trois vaccins contre certaines méningites et l’hépatite B.  Ils veulent vacciner un petit de deux mois contre l’hépatite B et tout le reste. C’est totalement abusif et évidemment ça coûte sept fois plus cher, ça veut dire qu’on passe de 7€ à 49€."

(Le docteur Soizic Courcier, directeure médicale du laboratoire GSK -France © RF/Anne Brunel)
A cette accusation, les laboratoires répondent bien sûr que ce n’est pas vrai. La raison n’est pas économique, parce qu’il faut énormément investir pour développer et fabriquer des vaccins, et ce n’est pas là qu’ils font leur marge. Et puis, s’ils ont cessé de proposer le vaccin qui ne protégeait que contre trois maladies, pour vendre à la place d’autres produits qui en préviennent six,  ce n’est en fait pas leur décision, mais ce que les autorités de santé publique leur demandent. Soizic Courcier, directrice médicale du laboratoire GSK-France,  l'explique :  "Au départ on avait le vaccin contre la diphtérie, le tétanos, la polio, puis sont arrivés ces nouveaux vaccins contre la coqueluche, l’hépatite B et l’hémophilus." Et elle ajoute : "Pour répondre aux enjeux des calendriers vaccinaux et aux politiques de santé publique dans le monde entier, l’OMS et les Etats ont demandé aux industriels d’associer ces différents vaccins pour simplifier les calendriers vaccinaux et surtout avoir des vaccins qui soient faisables pour les nourrissons."

 Que dit la réglementation ?  Là-dessus la polémique est clairement nourrie par l’illisibilité des règles justement. Il y a bien trois vaccins obligatoires dans le code de la santé, mais il y en a six recommandés par le Haut comité de santé publique. Le professeur Daniel Floret, président du Comité Technique de la Vaccination, reconnaît lui-même que c’est incompréhensible. "Je pense que l’obligation vaccinale telle qu’elle est, n’est pas tenable. Les gens pensent que les vaccins non obligatoires sont moins importants que les vaccins obligatoires, ce qui, quand on regarde l’épidémiologie, n’est pas du tout vrai. Les gens n’y comprennent rien et c’est normal,  ils ne peuvent pas comprendre."

 

Vers un grand débat public 

 Face à l’action en justice initiée cette semaine, Marisol Touraine a donc deux solutions : soit le ministère s’organise pour obtenir des laboratoires la remise en vente d’un vaccin ancien auquel on a renoncé et qui de surcroît avait des effets indésirables : ça paraît fort peu probable. Soit la politique d’obligation est entièrement revue. C’est une piste plus sérieusement envisagée par les autorités : une mission a été confiée à la députée de Seine Maritime Sandrine Hurel pour qu’elle propose les moyens d’une remise à plat de la politique vaccinale, et, d’autre part, Marisol Touraine a également promis un grand débat public sur le sujet, pour l’automne. On attend donc qu’elle le lance véritablement afin que tous les avis s’expriment…

Vaccination : de la défiance à l’offensive juridique - une enquête signée Anne Brunel pour France Info
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 Enquête complète en plongée au sein de la nébuleuse des sceptiques et des militants anti-vax ce vendredi soir dans Secrets d’info 19h20 sur France Inter.