Un médicament sur deux est "inutile", dénoncent deux médecins

Dans leur "Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", Philippe Even et Bernard Debré dressent un portrait alarmant de l'industrie pharmaceutique.

Dans leur \"Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux\", publié jeudi 13 septembre 2012, Philippe Even et Bernard Debré dressent un portrait alarmant de l\'industrie pharmaceutique.
Dans leur "Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux", publié jeudi 13 septembre 2012, Philippe Even et Bernard Debré dressent un portrait alarmant de l'industrie pharmaceutique. (ION-BOGDAN DUMITRESCU / FLICKR OPEN / GETTY IMAGES)
avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

SANTE - Neuf cents pages, 4 000 médicaments répertoriés et un constat alarmant : 50% d'entre eux sont inutiles. Dans leur livre, publié jeudi 13 septembre, le député UMP de Paris, Bernard Debré, et le directeur de l'Institut Necker, Philippe Even, font le tri dans nos armoires à pharmacie. Le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux est "un livre d'information, pas d'opinion", prévient le Pr Even dans une interview vidéo au Nouvel Observateur.fr

Quels sont les médicaments concernés ?

Le livre recense "50% de médicaments inutiles, 20% de mal tolérés, 5% de 'potentiellement très dangereux', mais, incroyable paradoxe, 75% sont remboursés", selon Le Nouvel Obs. Parmi les médicaments jugés dangereux, on retrouve notamment des anti-inflammatoires (pommade Ketum), des contraceptifs ainsi que des médicaments contre les maladies cardiovasculaires et des antitabac (Champix, Zyban).

Le Pr Even s'en prend tout particulièrement aux statines, des médicaments contre le cholestérol "avalés par 3 à 5 millions de Français", qui coûtent "à la France 2 milliards d'euros par an" et qui sont selon lui "complètement inutiles".

Le Nouvel Observateur publie une liste de 58 médicaments dangereux, dont certains sont déjà retirés du marché français. La plupart des molécules incriminées sont déjà connues et placées sous surveillance renforcée par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), dont la liste, disponible en ligne, est mise à jour régulièrement.

Qui est responsable ?

L'industrie en prend pour son grade. Dans cet ouvrage à quatre mains, les deux médecins lancent une nouvelle charge contre l'industrie pharmaceutique : "La plus lucrative, la plus cynique, la moins éthique de toutes les industries", écrivent les auteurs. Un lobby qui exerce "une pression majeure sur les autorités de santé et les médecins", affirme Philippe Even au Parisien. Il accuse clairement les industriels de faire du "chantage à l'emploi sur les gouvernements successifs, en menaçant de fermer des sites si les autorisations leur sont retirées".

Quelles solutions ?

Philippe Even prescrit "un grand ménage dans les pharmacies". Ainsi, pour régler le problème du manque d'argent dans le domaine de la santé et du déficit de l'assurance maladie, "il suffit de retirer du marché les médicaments dangereux, inutiles ou inefficaces". Pas si facile, en raison de la pression des laboratoires.

L'autre traitement de choc consisterait en "un plan massif de déremboursement""Cela permettrait d'économiser 10 milliards d'euros", affirme-t-il.

Que répond l'industrie pharmaceutique ?

La fédération professionnelle des industriels du médicament (Leem) a dénoncé de son côté "amalgames et approximations". Ce livre "contribue à alarmer inutilement les malades et risque de les conduire à arrêter de leur propre chef des traitements pourtant adaptés aux maladies dont ils souffrent", et il est un "énième réquisitoire de Bernard Debré et Philippe Even".

Auteurs en 2011 d'un rapport au vitriol dans l'affaire du Mediator, ils avaient estimé notamment que cette affaire était "beaucoup plus qu'un accident isolé".

Quel est l'avis des spécialistes ?

Le professeur Jean-François Bergmann, vice-président de la commission d'autorisation de mise sur le marché à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et chef de service de médecine interne à l'hôpital Lariboisière (Paris), estime que cette étude "mélange le vrai et le faux".

"Il n'y a pas de vrai scoop, mais il y a beaucoup d'agitation, analyse le Pr Bergmann. Certains patients pourraient être troublés." Pointant du doigt des "parasites", le spécialiste du médicament fait une mise en garde.

Voir la vidéo
France 2