Trop nombreux, trop chers, les médecins intérimaires dans le collimateur

Un rapport parlementaire présenté mardi aux députés dresse un état des lieux alarmant du recours à ces professionnels. Et préconise de plafonner leurs rémunérations.

Aux urgences de l\'Hôtel-Dieu, à Paris, le 31 mai 2013. Près de 6 000 médecins intérimaires seraient employés quotidiennement dans les hôpitaux publics français. Les urgences font partie des services qui ont le plus recours à ces professionnels.
Aux urgences de l'Hôtel-Dieu, à Paris, le 31 mai 2013. Près de 6 000 médecins intérimaires seraient employés quotidiennement dans les hôpitaux publics français. Les urgences font partie des services qui ont le plus recours à ces professionnels. (FRED DUFOUR / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Cette réalité est souvent invisible pour les patients. Mais elle est très coûteuse pour les hôpitaux publics. Près de 6 000 médecins intérimaires sont employés quotidiennement dans ces établissements, selon un rapport parlementaire présenté mardi 17 décembre aux députés.

Payés plus cher, ceux que l'on nomme parfois "les mercenaires" hospitaliers représentent un surcoût d'environ 500 millions d'euros par an. Qui sont-ils ? Dans quelles spécialités travaillent-ils ? Comment régulariser cette situation ? Tour d'horizon. 

Quel est le profil de ces médecins ? 

Le marché des médecins intérimaires se répartit entre sociétés de recrutement, agences d'intérim et recrutements directs en "gré à gré", "solution la plus couramment utilisée", selon le député PS Olivier Véran, lui-même neurologue, et auteur du rapport.

"Les candidats à ce mode d'exercice, qui a ses contraintes mais peut s'avérer très lucratif, ne manquent pas", relève-t-il encore. Jeune qui ne cherche pas à se fixer tout de suite (20%), mère de famille (25%) ou senior retraité (25%), "il n'y a pas de profil type", poursuit l'élu.

Dans 30% des cas, il s'agit d'un professionnel de l'intérim qui cherche à "gagner autant en travaillant moins ou à gagner beaucoup plus". L'argument financier n'a pas pour autant motivé le choix d'Olivier Vinot, un anesthésiste de 52 ans qui a renoncé à son poste de titulaire dans un grand CHU pour effectuer des missions d'intérim. Il dit apprécier sa "liberté d'organisation", qui lui permet d'effectuer en parallèle des missions humanitaires. 

Certains cumulent également leur fonction de titulaire avec des missions courtes ailleurs durant leurs week-ends, congés, RTT, voire repos de sécurité. Une pratique "totalement illégale".

Dans quelles spécialités travaillent-ils ?

"L'hôpital public est à la peine pour recruter certaines spécialités, caractérisées par une forte pénibilité", souligne Olivier Véran. Anesthésie, médecine d'urgence, radiologie, gynécologie-obstétrique, pédiatrie souffrent plus particulièrement de pénurie chronique de professionnels. C'est dans ces spécialités que l'on retrouve le plus de médecins intérimaires.

Aux urgences, "le recours au remplacement serait symptomatique de la pénibilité" (gardes nombreuses, stress professionnel). En anesthésie, seul un poste de titulaire sur trois est pourvu.

La situation est "plus critique" dans les petites structures, où certains services "ne se maintiendraient ouverts qu'en recrutant 100% de remplaçants". "On n'a pas le choix, il faut faire tourner la boutique !", explique Nicolas Longeaux, président de la Commission médicale d'établissement de l'hôpital de Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Il a recours à plusieurs intérimaires dans son service de radiologie pour épauler le seul titulaire.

 Combien sont-ils payés ? 

Ils gagnent jusqu'à 15 000 euros par mois. Un médecin intérimaire touche en moyenne de 600 à 800 euros net pour une journée de travail quand son collègue titulaire perçoit 260 euros, selon le rapport.

Cela représente un coût de 1 370 euros TTC à l'hôpital, soit "plus du triple du coût normal d'une journée de travail pour un praticien hospitalier (médecin titulaire)".

Leur présence en nombre constitue-t-elle un risque ?

Selon Olivier Véran, "le marché s'est emballé, remettant en cause par endroits la qualité, la continuité, la sécurité des soins". Pour autant, "il est difficile de déterminer si la multiplication des missions temporaires s'accompagne d'un sur-risque pour les malades".

"Ce qui est certain, c'est que le médecin [remplaçant] ignore tout ou presque des procédures propres à chaque établissement", poursuit le député. Or, les contrôles sont rares. "Il n'y a pas de remontée du terrain, les ARS [Agences régionales de santé] s'impliquent avec parcimonie", estime-t-il encore.

Comment régulariser leur situation ?

Ce rapport, qui pourrait faire l'objet d'une proposition de loi, détaille 14 recommandations pour limiter ces pratiques. Il préconise, entre autres, de plafonner les rémunérations de ces médecins. Et afin d'assurer la qualité et la sécurité des soins en toute situation, il propose la mise en place d'une charte qualité pour les sociétés de recrutement et d'intérim.

Surtout, le rapport suggère de renforcer l'attractivité des métiers hospitaliers, pour limiter la pénurie de professionnels et donc le recours aux intérimaires. Cela passe par des stages et de la formation, mais aussi par une meilleure rémunération. Il faut "inciter davantage les jeunes à être médecins et médecins hospitaliers", souligne le ministre du Travail, Michel Sapin, sur i-Télé. Faire appel à des médecins étrangers pourrait-il constituer une solution ? S'ils "ont la capacité, la qualification, les qualités pour occuper ces postes, pourquoi pas, répond le ministre. Mais ce sont souvent ceux-là qui sont en situation d'intérimaires".