Vaccination par les pharmaciens : médecins et infirmiers peu enthousiastes

Syndicats de médecins et d'infirmiers libéraux ont exprimé leur scepticisme face à la possibilité pour les pharmaciens de pouvoir vacciner. Ils jugent plus urgent de résoudre la "crise de confiance" des Français face à la vaccination.

Un amendement autorisant les pharmaciens à administrer le vaccin contre la grippe a été validé le 18 octobre par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, avant un vote des députés la semaine prochaine. Les réactions des autres professionnels de santé ne se sont pas fait attendre. "La question n'est pas de rajouter des gens pour faire les injections, mais de persuader la population que la vaccination reste un geste important", a déclaré ce 19 octobre à l'AFP le Dr Claude Leicher, président du syndicat de médecins généralistes MG France.

Le "fort lobby" des pharmaciens

Aujourd'hui, généralistes, pédiatres et sages-femmes peuvent réaliser les vaccinations, ainsi que les infirmiers depuis 2008. Ces derniers peuvent administrer le vaccin sans ordonnance chez les patients qui reçoivent une lettre d'invitation de la Sécurité sociale.

L’amendement voté par la commission des Affaires sociales (voir encadré) marque un "début de démantèlement" des compétences propres aux infirmiers, a déploré Daniel Guillerm, vice-président délégué de la Fédération nationale des infirmiers (FNI). "Pourquoi pas demain les pansements ?", s'interroge-t-il, évoquant un "fort lobbying" des pharmaciens. "Pourquoi donner cette compétence à des gens qui ne sont pas habilités avant d'utiliser les 100.000 infirmières libérales qui sont sur le terrain?", s'interroge Annick Touba, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL). La piqûre de vaccination, qui "franchit la barrière cutanée", est un "geste invasif" et, à ce titre, "très réglementée", rappelle Mme Touba.

D'autres mesures pour retrouver la confiance des Français

Sur 11 millions de Français invités à se faire vacciner gratuitement contre la grippe (personnes de 65 ans et plus ou atteintes de maladies chroniques), 48,3% ont reçu le vaccin en 2015, contre 46,1% en 2014, soit la première hausse après six ans de baisse.

Le taux de vaccination s'était effondré après la campagne de vaccination controversée contre la pandémie A(H1N1) de 2009, avec une chute de plus de 14 points au total. Les médecins se disent aussi confrontés à la méfiance des patients, du fait notamment de la polémique médiatique sur les adjuvants des vaccins.

Pour lutter contre cette désaffection, il serait plus efficace selon le Dr Leicher de mettre des "lots de vaccins" à disposition des médecins traitants, pour favoriser la "vaccination d'opportunité" (c’est à dire de proposer la vaccination au cours d’une consultation). "C'est en recentrant la prise en charge de la vaccination – et la prévention en général - sur le médecin traitant qu'on arrivera à lutter contre cette crise de confiance des Français", a aussi affirmé Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF)