Première mondiale : reconstruction réussie d'une trachée complète chez l'enfant

Une patiente de douze ans souffrant d'un rétrécissement congénital de la trachée a bénéficié d'une reconstruction complète réussie de cet organe, réalisée à partir de ses propres tissus.

Photo : ©nejm
Photo : ©nejm

La sténose congénitale trachéobronchique est le nom donné à un rétrécissement de la trachée et des bronches. La prise en charge par reconstruction, en utilisant des tissus du patients (voir encadré), a été développée chez l’adulte en 2010 à l'hôpital Marie Lannelongue (en région parisienne) par l'équipe du Pr Philippe Dartevelle, et des médecins de l'institut Gustave Roussy.

C'est en 2014 que l'opération a été réalisée pour la première fois sur un enfant. Une intervention qui apparaît aujourd'hui être un réel succès, selon les données médicales publiées début avril 2018 dans le New England Journal of Medicine (NEJM). Quatre ans après l'intervention, la patiente aujourd'hui âgée de 16 ans, peut mener les activités habituelles d'une adolescente. Elle a pu ainsi reprendre une activité normale et peut désormais respirer sans trachéotomie (incision au niveau de la trachée avec insertion d'un tube ouvert sur l'extérieur).

Une intervention réalisée en urgence

L'enfant avait déjà été opérée à neuf mois alors qu'elle était quasiment en train de mourir, explique à l'AFP le Pr Erea-Noël Garabedian, ORL de l'hôpital Necker-Enfants malades (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP) qui la suit depuis cet âge. Durant les années suivantes, elle a subi plusieurs autres procédures chirurgicales complexes, qui n'ont cependant pas permis de rétablir un calibre de la trachée suffisant en raison de sa croissance.

En 2014, les équipes de l'IGR, Marie Lannelongue et Necker-Enfant malades ont dû réaliser l'intervention de reconstruction en urgence du fait d'une dégradation respiratoire aiguë avec pronostic vital engagé de l’enfant, souligne l'AP-HP.

Un muscle du dos devenu trachée

La trachée artificielle a été fabriquée grâce à un lambeau d'un muscle du dos, le muscle grand dorsal, recouvert de peau, et "armé" de morceaux de cartilage prélevés sur des côtes. Le tout a été cousu pour former un cylindre autour d'un tube de silicone. Ce dernier a été retiré neuf jours après l'intervention. L'adolescente conserve un suivi sur le plan respiratoire, relève le Pr Garabedian.  

"En l’absence de techniques alternatives actuellement fiables, notamment celles faisant appel à la biothérapie cellulaire et tissulaire, cette première réussite mondiale apparaît comme une incontestable avancée dans la prise en charge des atteintes pédiatriques trachéales sévères et étendues", souligne l'AP-HP dans un communiqué. 

À l'heure actuelle, c'est la technique la plus fiable, en attendant les progrès techniques à venir, estime le Dr Frédéric Kolb, chirurgien plasticien à l'IGR. Recourir à la culture de cartilage pour réduire les séquelles est une des pistes d'amélioration de cette solution pragmatique de reconstruction, avance-t-il.

avec AFP