Radiation du Professeur Henri Joyeux : où en est-on ?

Le Conseil départemental de l'Ordre de l'Hérault a fait appel de sa radiation prononcée en 2016 par l'Ordre national. En attente de la décision de la chambre disciplinaire nationale début 2018, le Pr Henri Joyeux poursuit sa campagne anti-vaccins.

Radiation du Professeur Henri Joyeux : où en est-on ?
Radiation du Professeur Henri Joyeux : où en est-on ?

Le 7 novembre dernier, le Pr Henri Joyeux et le Pr Luc Montagnier animaient une conférence à Paris sur le thème des risques liés à la vaccination. A cette occasion, Henri Joyeux, professeur de cardiologie à la retraite depuis 2014, exposait les arguments anti-vaccination qu’il décline depuis plusieurs années : la vaccination serait dangereuse pour les nourrissons notamment à cause des sels d’aluminium présents dans les vaccins.

Mais dans quelques mois, le Pr Joyeux ne pourra peut-être plus faire valoir sa qualité de médecin. Son statut ordinal doit en effet être jugé début 2018 par la chambre disciplinaire du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM). La fin probable d’un feuilleton à rebondissements.

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Des arguments réfutés scientifiquement 

Tout a commencé le 25 juin 2015. Patrick Bouet, président du Conseil de l'Ordre des médecins en France, annonce alors qu'il porte plainte auprès de la chambre disciplinaire de première instance de Languedoc-Roussillon contre le professeur Henri Joyeux pour l'ensemble de ses propos sur la vaccination. A cette époque, le Pr Joyeux avait lancé une pétition en ligne contre la vaccination. Il y dénonçait l’impossibilité pour les parents de se procurer les trois vaccins obligatoires et d’être par conséquent contraints d’utiliser le vaccin hexavalent (contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l'haemophilus influenzae de type B et l'hépatite B), vaccin "dangereux" selon lui pour les nourrissons et en lien direct avec la recrudescence des scléroses en plaques.

"Que feriez-vous si vous deviez vacciner votre bébé pour le protéger contre de graves maladies, mais que le vaccin normal, efficace et sûr, n’était plus disponible, et que le seul produit en vente était un prétendu « super vaccin », pas assez testé et contenant des additifs neurotoxiques et peut-être cancérogènes ?" détaille le cancérologue aujourd’hui à la retraite. Cette pétition a été un succès. Elle a recueilli plus d’un million de signatures. Pourtant, ces arguments sont réfutés par la quasi-totalité de la communauté scientifique.

Une attitude jugée "dangereuse pour la population" selon le Conseil National de l'Ordre

A la suite de la plainte du Conseil de l’Ordre, la chambre disciplinaire du Languedoc-Roussillon prononce la radiation du Pr Joyeux, radiation censée être effective à compter du 1er décembre 2016. La chambre estime que le Pr Joyeux « a commis des manquements d’une extrême gravité au code de déontologie », et a enfreint la loi, notamment « en indiquant des dangers pour la santé de suivre les recommandations du Haut Conseil de la santé publique » et n'a pas respecté l’article stipulant que « le médecin doit apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire » et qu’« il participe aux actions de vigilance sanitaire ». Le Conseil évoque des propos qui ne se fondent "sur aucune preuve scientifique" et qui "alignent des contre-vérités". L’attitude du cancérologue est "dangereuse pour la population", car c’est tout un "mécanisme de vaccination préventive" qu’elle discrédite, toujours selon le Conseil.

La fronde anti-vaccins est le dernier cheval de bataille du Pr Joyeux alors qu’il n’est ni vaccinologue, ni épidémiologiste. Et n’a jamais rien publié sur le sujet. En revanche, en cancérologie, son domaine, il est un spécialiste reconnu. En 1985, il a reçu le prix de cancérologie Antoine Lacassagne, remis par la ligue nationale contre le cancer, pour les travaux de son équipe sur l'alimentation artificielle et ses applications thérapeutiques dans les cancers du tube digestif. Mais ces dernières années, l’ancien cancérologue de 71 ans, a multiplié les prises de position conservatrices. Celui qui fut président de la très droitière association Familles de France a longtemps affirmé une opposition farouche au mariage pour tous, à l’avortement, à la contraception, mais aussi aux salles de shoot et à ce qu’il appelle la "théorie du genre". 

Le Conseil de l'Ordre départemental s'oppose aux instances nationales

Dans les jours qui ont suivi sa demande de radiation, le Pr Joyeux a fait appel. Et il n’est pas le seul ! Le Conseil départemental de l’Hérault de l'Ordre des médecins (CDOM) a lui aussi fait appel de cette radiation pourtant prononcée par la chambre disciplinaire du Conseil régional. Ces deux appels étant suspensifs, le Pr Joyeux n’est pas radié du Conseil de l’Ordre. « Nous n’avons pas à donner nos motivations, explique Xavier de Boisgelin, le président du CDOM. C’est le secret de l’instruction. La procédure judiciaire est en cours ». Mais il ajoute « maintenant que les onze vaccins sont obligatoires j’espère que le Pr Joyeux sera d’accord avec l’obligation vaccinale. La loi doit être appliquée ».

Pas certain que le Pr Joyeux se rallie à la politique vaccinale du gouvernement. Sa prochaine conférence qui se tiendra à la fin du mois à Montpellier s’intitule toujours « Oui aux vaccins, non aux 11 vaccinations ». Reste maintenant à savoir si le CDOM continuera à soutenir un médecin qui s'oppose à la loi.